Pendant la Deuxième Guerre mondiale, l’histoire vraie de Jean et Corinne Luchaire, un père et sa fille, pris dans l’engrenage de la collaboration.
Quatre ans après le très beau Illusions Perdues, le réalisateur Xavier Giannoli est de retour avec une fresque historique située en pleine période d’Occupation allemande en France et axe son propos autour des destins croisés de Jean Luchaire, tout d’abord journaliste pacifiste avant de devenir collabo, et Corinne, sa fille, comédienne au succès éclair. Giannoli livre un film nuancé sur la collaboration, les paradoxes de l’âme humaine et sur des êtres plein d’ambiguités, pris dans les tourments de l’Histoire. Si le scénario est très fouillé et dense, étalé sur une durée obèse de 3H15, la mise en scène, très appliquée, parait tout de même un peu moins flamboyante que celle des Illusions Perdues. Giannoli se concentre sur le point de vue de la fille, véritable héroïne « victime » autant de son ignorance que des agissements de son père, racontant en flash backs les épisodes successifs d’une déchéance progressive. La précision de la reconstitution, l’aspect documenté du sujet (non seulement autour des relations entre Luchaire et Otto Abetz, le diplomate allemand proche d’Hitler, mais également sur le parcours de Corinne dans le cinéma) entrainent le spectateur dans une épopée humaine passionnante faite de trahisons, de fêtes, de politique et bien sûr de guerre. En revanche, Giannoli insiste trop sur la maladie (la tuberculose) dont souffraient les Luchaire, comme s’il voulait nous expliquer qu’en dehors de leurs accointances avec l’ennemi, ils étaient déjà des condamnés à mort en sursis. Giannoli trace le portrait d’un homme qui n’a rien d’un monstre, mais qui par inconscience, lâcheté et fausse conviction se perd et se trompe lourdement. Ce que le cinéaste réussit le mieux, c’est la description de ce climat ambivalent, malsain, nauséabond qui régnait dans ces années d’occupation.
Ayant déjà prouvé son aptitude à se fondre dans le drame depuis le J’accuse de Polanski, Jean Dujardin s’avère là convaincant, même si son jeu semble un peu monocorde ( sûrement volontaire pour coller à la personnalité finalement opaque de Luchaire). Il se voit voler la vedette par sa partenaire, Nastya Golubeva, la fille de Leos Carax, magnétique et à la beauté fascinante, imprimant durablement la pellicule et la rétine. En nazi apparemment fréquentable, August Dielh, que l’on a vu formidable dans La Disparition de Joseph Mengele l’an passé, tire son épingle du jeu avec maestria. Frôlant par instants l’académisme, Les Rayons et les Ombres reconfirme l’excellente santé du cinéma français, aux ressources indéniables dans le genre historique notamment. Et quelle brillante idée de Giannoli de clôturer son film par une réplique comme « Il nous reste le cinéma! », comme un rempart contre les horreurs des conflits d’hier et d’aujourd’hui.
ANNEE DE PPODUCTION 2026.



