Pendant la guerre froide, l’agent des services de renseignements français André Devereaux enquête sur les activités suspectes des Soviétiques à Cuba.
Inspiré d’un best seller de Leon Uris au titre homonyme de Topaz , ce 51e film d’Alfred Hitchcock est une histoire assez alambiquée d’espions soviétiques opérant au sein des services secrets du Général de Gaulle (l’action se déroule en 1962). Lourdement empêtré dans des problèmes techniques, dans les méandres d’une intrigue peu captivante et une foule de personnages sur lesquels on a du mal à s’attacher, L’Etau reste certainement une des oeuvres les plus faibles du maitre du suspense. Non pas qu’il ne soit pas à l’aise avec l’espionnage (Les 39 Marches et Correspondant 17 lui avaient plutôt bien réussi dans le passé), mais ici la grosse machinerie hollywoodienne, les moyens conséquents, un tournage allant de Copenhague à Paris, en passant par Cuba et une franche carence de bonnes idées expliquent sûrement la grande déception qui résulte de ce projet. Par ailleurs, le récit se noie dans des séquences très bavardes où tout est surligné au stabylo et où de ce fait, l’action perd de son attrait et de son intérêt. Le film tente bien maladroitement de brosser un portrait des agents secrets et de leur mentalité, obsédés par leur lutte implacable contre Fidel Castro et le communisme. Pour un peu que l’on ne soit pas très avisé sur l’épisode de la Baie des Cochons et des menaces d’armement russes contre les Etats Unis et l’on se trouve assez vite largué… Mais comme on le sait, même dans les moins bons Hitchcock, il subsiste toujours un ou deux morceaux de bravoure dans lesquels le génie du réalisateur ressort d’une manière ou d’une autre (ici, particulièrement dans la scène d’exécution de Juanita, la résistante cubaine assassinée et s’écroulant en contre plongée, laissant sa robe d’un violet éclatant se déployer comme la corolle d’une fleur.)
Hitch dirige une distribution éclectique où se croisent Frederick Stafford alias OSS 117 (plutôt terne dans son jeu), John Forsythe (déjà vu dans Mais qui a tué Harry?), John Vernon, Karin Dor, et puis plus étonnamment des comédiens français recommandés par Truffaut à son ami tels Claude Jade, Dany Robin, et dans l’ultime demie heure deux pointures Philippe Noiret et Michel Piccoli dans des rôles tardifs et déterminants. L’aspect politique de L’Etau alourdit sûrement le propos qui aurait gagné à demeurer essentiellement policier. Sans parler de très mauvais film, il est certain qu’Hitchcock n’a pas franchement sorti son meilleur jeu dans cette partie de poker un brin ennuyeuse.
ANNEE DE PRODUCTION 1969.



