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L’ETRANGE OBSESSION

D’âge avancé, un professeur respectable ne parvient plus à satisfaire les désirs de sa jeune épouse, Ikuko. Il découvre que la jalousie agit sur lui comme un stimulant. Il décide alors de rapprocher sa femme d’un jeune et séduisant médecin, Kimura, lui même intéressé par leur fille…

Du Japon on connaissait évidemment Mizoguchi, Ozu, Kurosawa au panthéon des cinéastes les plus remarquables du XXe siècle: voici que l’on redécouvre l’oeuvre de Kon Ichikawa, un réalisateur prolifique très porté sur l’humour noir et l’ironie. L’Etrange Obsession demeure son film le plus connu en France puisqu’il obtint le Prix du Jury à Cannes en 1960. Dans ce drame dérivant presque vers la comédie noire, la luxure se joue des masques sociaux, la description de cette famille bourgeoise à la surface lisse ouvre peu à peu des portes nettement plus troubles, pour ne pas dire des abimes de perversion. Perversion de tous les personnages aux desseins diaboliques, faisant de la stratégie leur arme de séduction. Ichikawa montre une sexualité qui suinte le pourri, le désir comme un moyen de détruire l’autre à des fins purement sadiques. On ne voit pourtant jamais un sein ou un sexe (l’époque explique aussi cela), néanmoins le film trimballe un érotisme latent, énoncé mais jamais filmé (à la manière de Bunuel). Dans le décor unique de la maison familiale et surtout dans la chambre des époux, la caméra nous enferme comme pour nous y étouffer, nous rendant les témoins impuissants des manipulations en série se fomenter. L’image, stylisée et remarquablement photographié par Kazuo Miyagawa (un habitué du cinéma d’Ozu notamment), renforce l’élaboration progressive du vice tel que le roman La Clef de Tanizaki l’expliquait par les mots. Le plus étonnant est de constater qu’au départ, on pense assister à un énième constat sur la domination masculine et le pouvoir du patriarcat, et en définitive ce sont les femmes qui mènent le jeu de bout en bout (la mère, la fille, la vieille servante).

Tout le casting fait preuve d’excellence! De Machiko Kyo (Rashomon) à Ganjiro Nakamura (Les Bas Fonds) en passant par Tatsuya Nakadai (La Condition de L’Homme), chaque protagoniste joue sur la duplicité et l’ambivalence et Ichikawa se régale à instaurer une ambiance malsaine, structurée par un scénario à la fois malin et sans effets grandiloquents. Sous des airs calmes et caressants, L’Etrange Obsession dissèque les jeux de dupes et rapproche avec subtilité le désir de sexe et de mort mêlés. Ichikawa estimait que son film parlait moins d’obsession sexuelle que de vanité humaine: on ne saurait mieux dire devant la radicalité de cet objet vénéneux.

ANNEE DE PRODUCTION 1959.

REVIEW OVERVIEW

Réalisation
Scenario
Interprétation

CONCLUSION

Sous de faux airs lisses et doux, un drame noir non dénué d'ironie très habilement construit par le japonais Kon Ichikawa. Une oeuvre primée à Cannes et à découvrir de toute urgence.

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