Boston, 1962. Une vieille femme est retrouvée étranglée à son domicile. Les mobiles du crime sont inexplicables. Au cours des deux années suivantes, douze autres femmes sont assassinées dans des circonstances similaires. Le procureur général Bottomly est désigné pour prendre l’affaire en main. Un jour, Alberto DiSalvo, un modeste ouvrier, est arrêté par la police pour avoir pénétré dans un appartement par effraction…
Réalisateur américain prolifique qui aimait toucher à tous les genres, Richard Fleisher excella notamment sur Les Vikings, Le Génie du Mal, ou 20 000 lieux sous les mers, puis trouva sa voie dans le film policier complexe. L’Etrangleur de Boston relate ainsi des faits réels, survenus entre 1962 et 1964, autour de plusieurs meurtres de femmes par strangulation et la quête acharnée de la police pour retrouver l’assassin. Scindé en deux parties, le film est un puissant récit quasi documentaire sur l’enquête et les investigations menées, filmé avec une technique encore peu répandue à l’époque (le procédé du « split screen » pour pouvoir montrer plusieurs actions simultanées en même temps en divisant l’image en deux ou trois parties), on suit du coup la découverte des crimes, les pistes explorées par les forces de l’ordre, sans jamais voir le véritable criminel. Puis, dans un second temps, l’intrigue se ressert sur le coupable enfin arrêté, mais incapable d’avouer ses méfaits car « victime » d’un trouble du dédoublement de la personnalité. Fleisher explore la psyché d’un esprit malade avec une acuité rarement vue dans une oeuvre de fiction et explique les processus d’hypnose pour parvenir à lui faire prendre conscience de sa dangerosité. La schizophrénie fascine visiblement Fleisher et il rend le spectateur complice de ce cas d’école que fut Albert de Salvo, reconnu coupable d’agressions mais pas des meurtres. L’intelligence de la mise en scène annonce le travail de David Fincher sur Seven et Zodiac, autres grands films policiers entourés de mystère et de noirceur.
Pour incarner ce serial killer « insoupçonnable » et vivant une existence rangée (honnête travailleur, marié, père de famille), Fleisher a imposé un choix déroutant, celui de Tony Curtis, plus habitué au registre léger ou comique, et qui entre dans la peau de de Salvo avec une précision quasi chirurgicale, plongeant au plus profond de sa personnalité malade. Face à lui, le grand Henry Fonda joue le flic méthodique et obstiné, décidé à faire éclater la vérité. L’Etrangleur de Boston met mal à l’aise dans son aptitude à décrire le Mal à l’oeuvre chez un homme pourtant en apparence équilibré, réunit les éléments fragmentés d’une affaire terrifiante et Fleisher semble y avoir pris goût, puisqu’il réalisera trois ans plus tard L’Etrangleur de Rilligton Place, presque aussi glaçant!
ANNEE DE PRODUCTION 1968.



