Simon Léotard, 49 ans, célibataire, promoteur immobilier, rencontre Mado, 22 ans, prostituée secrète, sans vulgarité. Il la revoit souvent. Il fait même connaissance avec son entourage, Pierre et Alex. Simon engage Pierre comme chauffeur, puis comme comptable. A la suite de spéculations, Julien, l’associé de Simon tombe dans les griffes de Lépidon, un redoutable financier.
Entre Vincent François Paul et les autres et Une Histoire Simple, Claude Sautet a réalisé le moins connu et moins aimé Mado. Avec cet opus, il plonge dans les affres de la France Giscardienne et sa génération d’idéalistes, dont les ambitions premières ne pourront être que déçues par l’enchainement d’événements qu’ils ne maitrisent pas (ici escroquerie, ruine, suicide d’associé). Le film tourne beaucoup autour du travail, des relations troubles dans le milieu des requins de l’immobilier et le scénario, bien qu’affuté, n’a pas la fluidité de ses oeuvres précédentes. La multiplication des personnages parait moins pertinente ici car hormis Simon, le centre névralgique du récit, les autres ne sont pas aussi fouillés dans leur psychologie et suscitent du coup moins d’empathie ou d’identification. Peinture de la précarité et de ses effets (dans le monde de l’emploi comme dans les sentiments), Mado dessine le portrait d’un homme prêt à se compromettre pour sauver son entreprise, ne laissant pointer sa fragilité qu’au contact de cette jeune prostituée qui lui plait, mais dont il ne pourra obtenir l’amour qu’il espère. Sautet a montré plus d’habilité dans sa réalisation dans le passé, il semble avoir eu du mal à mener son montage dans la bonne direction, d’où une sensation d’éparpillement et de longueurs superflues. Reste que sa description des bourgeois soucieux de conserver leur statut social ne manque ni de justesse ni de sincérité.
En tête d’affiche, Michel Piccoli, son acteur fétiche, tourne pour la quatrième fois pour lui et se fond dans la peau de ce chef d’entreprise désillusionné, à la vie sentimentale en plein échec, face à Charles Denner et à Jacques Dutronc à la composition un peu trop discrète. La Mado du titre est jouée par l’italienne Ottavia Piccolo, petit accent charmant en bouche, représente l’espoir de lendemains meilleurs, mais les rapports tarifés qu’elle partage avec Simon ne pourront pas aboutir au but souhaité. Enfin, au milieu du récit, apparait Hélène, l’ex femme de Simon, alcoolique, blessée, incarnée par Romy Schneider dans une petite participation de 9 minutes seulement, presque les plus belles de ce film imparfait qui aurait gagné à être resseré.
ANNEE DE PRODUCTION 1976



