Dix ans après la mort de son père, Manon vit dans la grotte de Baptistine dans les collines, tandis qu’Ugolin culpabilise, fou amoureux d’elle. Elle va découvrir la source qui alimente tout le village et la détourne. Elle tient enfin sa vengeance. Les langues se délient peu à peu et tout le village révèle que Ugolin et le Papet sont directement responsables d’avoir « tué » le père de Manon…
Second volet du diptyque signé Claude Berri, Manon des Sources vient quelques mois après Jean de Florette apporter le souffle lyrique que l’on sentait déjà poindre discrètement dans la mise en scène un peu trop « boursouflée » du réalisateur. Les passions s’y déchainent avec plus de vigueur encore, la violence de l’amour malheureux (et non réciproque) d’Ugolin pour Manon hisse le récit vers des cimes tragiques véritablement émouvantes, transcendant même le fond du sujet qui est basé sur la vengeance, le poids des fautes commises et le désir de justice. La reconstitution brille toujours par son travail précis, les images éclatent avec la lumière de Bruno Nuytten (chef opérateur hyper doué), le tout sur l’air déchirant de La Force du Destin de Verdi joué à l’harmonica. Côté narration, Manon réserve des révélations haletantes (pour peu que l’on ne connaisse pas l’ouvrage de Pagnol) et Berri semble plus concentré sur l’aspect mélodrame qu’il traite admirablement bien. Cette suite, harmonieuse, équilibrée, supplante le premier épisode aussi par la qualité de ses dialogues coécrits avec Michel Drach et dont la caution « littéraire » fonctionne à merveille avec l’ensemble.
De nouveau, le casting fait un sans fautes: Montand a rarement été plus émouvant en César Soubeyran (notamment dans la lecture de sa lettre finale) et Daniel Auteuil nous arrache des larmes dans l’amour fou qu’il entretient pour Manon, fille de celui qu’il a tant trahi par cupidité. Manon est campée par Emmanuelle Béart, encore relativement débutante, du haut de ses 22 ans, solaire et sublime, inoubliable bergère sauvageonne assoiffée de vengeance. Elle obtient le César du meilleur second rôle féminin pour l’occasion. Sans dénaturer ce grand classique de la littérature française et en tirant un coup de chapeau à Pagnol, Claude Berri a réconcilié cinéma populaire et exigeant avec cette « tragédie grecque » provençale résonnant à l’unisson avec le chant des grillons.
ANNEE DE PRODUCTION 1986.



