Mary Reilly travaille comme domestique chez un savant réputé, le Docteur Jekyll, homme aimable et respectueux qui semble avoir placé en elle toute sa confiance. Un jour, il lui annonce l’arrivée d’un assistant nommé Hyde…
Les différentes versions de Dr Jekyll et Mr Hyde ont, depuis le début du parlant, offert au cinéma l’occasion de beaux et bons films (on se souvient surtout du Flemming de 1941) et l’anglais Stephen Frears décida d’en apporter sa propre « touche » au milieu des années 90. En se focalisant surtout sur le personnage d’une femme de chambre au service du fameux docteur aux deux visages: ainsi Mary Reilly est l’élément crucial jusque dans le titre et c’est par son point de vue que le film nous est conté, par son regard à la fois fasciné que l’on observe nous mêmes les agissements du médecin diabolique. Tourné en Angleterre avec un casting américain, Mary Reilly soigne ses costumes, sa reconstitution d’un Londres Victorien, sa lumière presque onirique composée par le français Philippe Rousselot, son acharnement à s’éloigner le plus possible des versions hollywoodiennes, quitte à délivrer une mise en scène d’une froideur redoutable. Frears adopte un style de récit sec, privilégie l’horreur insidieuse au gore « agressif » (malgré un ou deux moments sanglants), installe l’empreinte du Mal comme une tâche indélébile inscrite dans chaque plan. Le réalisateur de The Queen impose une idée séduisante: ce sont les tourments intérieurs passés de la jeune gouvernante qui interpelle Jekyll et excite encore plus le sadisme de Hyde et les deux finissent par se mélanger inévitablement dans une sorte d’amour sans la moindre perspective d’avenir.
En tête d’affiche, l’ex Pretty Woman, Julia Roberts, entièrement débarrassée de tout artifice, jouant sans maquillage ou presque, et cherchant à tout prix à prouver qu’elle peut être une actrice crédible dans autre chose que des bluettes romantiques. Elle réussit son coup convenablement, même si l’on peut juger que dans certaines séquences, elle use un peu trop de son regard mi effrayé mi envouté comme d’une expression répétitive à la longue. En Jekyll comme en Hyde, John Malkovich fulmine, se lâche, et nous fait son numéro rôdé comme il faut. Enfin, dans un rôle plus restreint, Glenn Close (de nouveau dirigée par Frears après Les Liaisons Dangereuses) est une abominable tenancière de bordel, détestable à souhait. Si Mary Reilly ne comble pas entièrement nos attentes, il faut lui reconnaitre une qualité: son anti conformisme courageux.
ANNEE DE PRODUCTION 1996.



