Début du XXè siècle en Angleterre. Maurice Hall, un jeune bourgeois londonien, intelligent et sensible, se lie d’une tendre amitié avec un de ses condisciples, Clive Durham. Des sentiments qui se transforment en amour, mais dans la société victorienne, l’homosexualité est considérée comme un pêché et surtout passible de prison. Afin de pouvoir assumer sa différence, Maurice devra affronter de nombreux tourments…
Dans la lignée de Chambre avec Vue, adapté de E.M Forster, Maurice prolonge en quelque sorte la peinture de la société Victorienne entreprise par le cinéaste britannique James Ivory. Sa rigidité, sa rigueur morale, ses principes et son intolérance pour tout ce qui sort de la norme! L’homosexualité et la difficulté d’être soi même sont bien entendu les deux thèmes principaux de cette oeuvre à l’esthétique léchée, aux cadrages rigoureux, à la forme plastique hyper soignée. D’abord avec une reconstitution minutieuse de cette Angleterre corsetée, puis par une fidélité exemplaire par rapport au roman d’origine. Ivory montre de manière subtile l’aliénation causée par l’empêchement d’être soi même, et décrit d’un côté le conformisme auquel se range Clive (avec un mariage à la clef) et de l’autre le combat de Maurice pour vivre sa nature profonde et ne pas gâcher sa vie. Dans un climat pesant où les regards, les non dits, les gestes maladroits prennent une importance démesurée, là où les mots doivent être tus, toute vérité n’étant pas bonne à énoncer! Refusant d’être la victime du puritanisme ambiant, Maurice se libère peu à peu de ses « chaines » mentales et accède à un bonheur chèrement convoité. Alors que l’on pourrait s’attendre à une conclusion dramatique, à l’inverse du livre, Ivory ouvre la voie vers une issue positive et emplie d’espoir.
Le tandem James Wilby/Hugh Grant, le blond et le brun, personnifie merveilleusement ces deux hommes amoureux et finalement bien différents. Ils partagèrent le Prix d’interprétation au festival de Venise et le film reçut également le Lion d’Argent. Avec tact, l’auteur de Retour à Howards Ends a su rendre la tension sexuelle palpable sans l’expliciter, cette pudeur tranche avec les nombreuses tentatives cinématographiques de traiter de l’homosexualité masculine en montrant forcément des hommes nus et des séquences « hot ». La nudité, ici, n’est jamais gratuite: cette pudeur reflète bien l’esprit délicat d’un réalisateur anglais dont c’est certainement le chef d’oeuvre avant son magnifique Vestiges du Jour. A voir et à revoir sans modération.
ANNEE DE PRODUCTION 1987.



