Iranoff, Buijannoff, Kopalski sont chargés par le gouvernement soviétique d’écouler à Paris des bijoux saisis pendant la Révolution et d’acheter avec l’argent, des machines agricoles. L’ancienne propriétaire des bijoux, la grande Duchesse Swana, demande à un de ses amis, Léon, d’empêcher la vente et de récupérer les biens. Une autre envoyée de Moscou, Ninotchka, arrive à son tour à Paris et constate que ses trois compatriotes mènent une vie bien plus agréable et luxueuse que dans leur pays…
Avant le pamphlet anti hitlérien de To Be or Not to Be, Ernst Lubitsch avait déjà signé cette satire politique irrésistible de la Russie stalinienne et ses « privations » , en collaboration étroite au scénario de Charles Brackett et… Billy Wilder (on a vu pire!). Ainsi, le portrait de cette communiste découvrant les plaisirs de la vie et les supériorités de l’Occident dans un Paris enchanté (d’avant guerre) se transforme en pétillante comédie aux dialogues savoureux, à la drôlerie communicative, aux idées étincelantes et surtout à la mise en scène alerte et inspirée. On connait bien sûr le don inné de Lubitsch pour le rythme, l’humour caustique et le regard acéré sur ses contemporains. Dans ce récit fantaisiste, les rôles s’inversent à merveille: les femmes mènent l’action, les prolétaires refusent de partager leurs économies avec leurs patrons et ainsi de suite… Ninotchka, hymne joyeux à l’amour, au champagne et au rire, n’entend pas traiter le propos politique avec sérieux, ainsi on ne peut soupçonner Lubitsch d’anti communisme primaire, il en fait des gags (Ninotchka tentant de pousser des madame Pipi en grève collective, l’omelette qu’elle prépare avec les oeufs ramenés par chacun de ses camarades): bref, la plaisanterie est de mise et la bonne humeur avec!
Vendu sur le slogan « Garbo rit! », le film met en effet en valeur l’actrice mythique de La Reine Christine, Greta Garbo, dans un de ses seuls rôles « légers » et lui offre l’occasion de « se lâcher » dans une séquence mémorable de restaurant, où elle éclate d’un rire tonitruant qu’on ne lui connaissait quasiment pas. Mais elle est tout aussi divine en robe du soir et amoureuse comme une midinette de Melvyn Douglas, distingué à souhait. Ce cocktail d’impertinence, de romantisme, de comédie politique montre aussi l’explosion d’une féminité refoulée, d’un coeur qui ne demandait qu’à s’ouvrir et battre, comme le dira Godard « elle s’étoffe enfin après avoir tant étouffé ». Un film délicieux.
ANNEE DE PRODUCTION 1939.



