Une future mère, Violette, se confronte caméra au poing à un secret de famille inspiré de sa vie : sa relation incestueuse avec son beau-père Paul, le père biologique de sa sœur Nadia, qu’elle finira par désirer et comme père, et comme amant.
Avant Le Bal des Actrices et Polisse, l’actrice réalisatrice Maiwenn avait fait ses débuts derrière la caméra avec ce portrait très intime et impudique sur son enfance. Un premier long métrage en forme d’autobiographie déguisée (le personnage principal s’appelle Violette, mais sinon tout ce qu’elle raconte est vrai de chez vrai, nous renvoyant au thème de la maltraitance). S’il fallait lui trouver une parenté, ce film au style direct et frontal se situe entre le cinéma de Pialat et le Festen de Vintenberg, une manière identique de traquer la vérité, d’avoir recours à l’improvisation, de filmer des traumatismes afin de les digérer, parler du père violent pour tenter de « comprendre », un essai aussi bien cinématographique que cathartique. Maiwenn ne craint pas de déplaire, comme dans ces deux séquences fortes (le repas familial qui part en live et surtout celle où avec l’aide d’une poupée, elle met en scène la punition par les coups qu’elle subissait fréquemment), elle a peu de moyens mais toute la latitude de s’exprimer et de faire éclater les non dits au grand jour. Sa démarche, audacieuse, franche, lui ressemble et le spectateur sent clairement qu’elle ne se met aucun frein. Avec le même procédé qu’elle emploiera pour suivre sa bande d’actrices pour Le Bal des Actrices, elle se sert de sa petite caméra HD et saisit des instants volés, des visages apeurés. Le scénario ne parait pas toujours très structuré, il suit l’instinct de la réalisatrice et ses humeurs changeantes, entre fausse gaieté et vrai état dépressif.
A ses côtés, Pascal Greggory campe ce père rude, peu aimant, mis devant la réalité de ses actes, Marie France Pisier joue la mère entre inconscience et déni, Hélène de Fougerolles et Mélanie Thiery à ses débuts font revivre les deux soeurs de la jeune réalisatrice. Quant à Aurélien Recoing, il tient le rôle de l’amant de la mère, faux père de substitution séducteur. Maiwenn livre une confession spontanée sur son passé cabossé, règle ses comptes, dénonce ceux qui ne portent aucun crédit à la parole des enfants, comme en écho à venir de son bouleversant Polisse. Cet exercice d’autofiction, dans lequel on ressent un besoin d’amour criant, bouscule à sa façon et sa sincérité ne peut manquer de nous toucher.
ANNEE DE PRODUCTION 2006



