Deux histoires semblables au Moyen Age et dans l’Allemagne contemporaine: celle d’un rebelle cannibale retranché dans le désert et celle du fils d’un industriel qui nourrit une passion secrète pour les porcs…
Après une série de films relativement commerciaux comme Accatone, Mamma Roma , Pier Paolo Pasolini se consacre à des oeuvres beaucoup plus « symbolistes », pas immédiatement lisibles, dans lesquelles il faut faire plus fonctionner son intellect que son coeur. Théroreme ouvrait déjà cette voie métaphorique et choqua énormément par ses images crues touchant au sacré, au sexe, à la religion. Un an après, il signe Porcherie, un objet filmique tout à fait à part, où il use d’une poésie parfois nébuleuse pour entrecroiser deux destinées: deux jeunes hommes, l’un dépouillé de tout et se nourrissant de chair humaine représente en quelque sorte la révolte ultime contre la société, l’autre, fils de bourgeois aux idées totalitaires ne pouvant réprimer son attirance physique et sexuel pour les cochons! Sans véritablement dresser de scénario clairement écrit, Pasolini entend bousculer les consciences sur l’ultra capitalisme, dans une démarche d’auteur souvent en rébellion contre l’ordre établi, ne craignant nullement le scandale. Par certains égards abscons, le film peut se lire à deux niveaux: manger ou être mangé, même si l’allégorie paraitra un peu simpliste. Pasolini n’a pas peur de hurler son dégoût de l’économie galopante, du cynisme ambiant, son aversion pour les illusions produites par le christianisme. L’histoire muette située dans le désert (dans lequel se clôturait déjà Théoreme) reste de loin la plus hermétique et complexe, la seconde traite de zoophilie, de crimes contre l’humanité, d’industriels causant causant sans s’arrêter dans un débit de paroles, comme pour remplir du vide!
Casting français pour cet opus de Pasolini: Pierre Clémenti, tout juste découvert dans Belle de Jour, incarne le cannibale solitaire, Jean Pierre Léaud employé juste après La Chinoise de Godard, et Anne Wiazemsky, compagne de Godard à la ville et bien connue dans les mouvements contestataires de l’époque (la version française saborde d’ailleurs son jeu, dans lequel elle débite ses répliques de manière très récitée). Confus, assez grotesque, et volontairement expérimental, Porcherie va en laisser plus d’un au bord du chemin, en troublera d’autres, en tout cas ne peut être taxé de cinéma « confortable ».
ANNEE DE PRODUCTION 1969.



