Edith, 45 ans, ouvrière dans une usine textile, voit sa vie bouleversée par un plan social. Loin de son fils et sans attache, plutôt que le chômage, elle est la seule à choisir de rejoindre son usine délocalisée au Maroc… Un changement radical de vie!
Sixième long métrage de l’acteur réalisateur Gaël Morel Prendre le large est un récit d’apprentissage au féminin. Apprentissage d’une nouvelle vie décidée par Edith, l’héroïne, partie travailler au Maroc, résolue à trouver un sens à son existence, à se faire peut être une place dans un pays éloigné de sa culture et de ses valeurs. Elle va passer d’une vie sans lumière à un quotidien difficile mais baigné de soleil. Gael Morel refuse tout lyrisme facile, a écrit un script sans artifices, presque à nu, où certes les enjeux narratifs semblent minces (s’adapter, se faire des amis, se faire voler, perdre son travail) et pourtant le parcours de cette femme nous accroche comme si elle nous était familière, comme si c’était un peu nous qui partions vivre cette aventure audacieuse. Prendre le large décrit également le lien se tissant entre deux femmes, d’abord étrangères l’une à l’autre, puis parvenant à s’apprivoiser: Mina, mère divorcée tenancière de la pension où elle accueille Edith la regarde d’abord avec méfiance, puis comprend qu’elles ont plus d’affinités que prévu. Autour de la question du travail à l’usine de couture, le sujet plonge de manière un peu prévisible dans le drame social, mais l’auteur d’Après Lui rectifie le tir dès qu’il se reconcentre sur le portrait de femme strictement dit. Par petites touches délicates, la mise en scène se met entièrement au service de son actrice vedette.
Et quelle chance de retrouver Sandrine Bonnaire dans un beau premier rôle, responsable de chacun des plans, investie à 200%, laissant échapper les accents de sincérité que l’on a tant aimé d’elle dans A nos Amours ou Sans toit ni Loi: un personnage en plein lâcher prise qui s’en remet à son instinct, à son désir d’avancer coûte que coûte. Inutile de préciser combien elle est lumineuse! Sa partenaire, Mouna Fettou, lui donne fièrement la réplique. Peut être plus « anecdotiques » les rôles masculins, hormis le jeune Kamal El Amri jouant le fils de Mina, doux, prévenant, rêvant finalement lui aussi d’évasion et comprenant d’autant mieux le personnage d’Edith. Gael Morel traite au passage de la réalité du monde professionnel (les délocalisations, les licenciements, les reclassements) sans en faire non plus un film trop politique. Une belle envolée qui donne des envies d’ailleurs.
ANNEE DE PRODUCTION 2017.



