Au Moyen Age, Quasimodo, un bossu d’une extrême laideur, vit enfermé dans les tours de Notre Dame. Prisonnier de l’infâme juge Frollo, le monstre demeure à l’abri des regards. Un soir, la gitane Esmeralda est accusée d’avoir pénétré dans Paris illégalement et trouve refuge dans la cathédrale. Quasimodo tombe amoureux d’elle…
Le studio RKO produisait durant les années 30 des comédies musicales, des drames romantiques et parfois des films historiques. Pour contrer l’arrivée du gros blockbuster de l’époque, Autant en Emporte le Vent, le dirigeant du studio proposa d’adapter le plus fameux livre de Victor Hugo Notre Dame de Paris et d’en faire une superproduction d’envergure. Avec de gros moyens déployés, des décors (certes en carton pâte) mais du plus bel effet, un noir et blanc admirable avec de jolis clairs obscurs, et un soin particulier apporté à la mise en scène par le travail de William Dieterle, un allemand exilé à Hollywood, le film s’inscrit dans une volonté de gigantisme affiché. Le scénario suit la trame du roman bien sûr, mais se permet des libertés narratives, surtout concernant le dénouement. Une parabole sur la justice sociale et le désir de révolte du peuple habite l’essentiel du métrage, rappelant que nous sommes dans l’intrigue à la fin de la Guerre de Cent ans et dans la réalité à la veille de la Seconde Guerre Mondiale. Comme un plaidoyer pour réveiller le monde. Ainsi qu’une réflexion sur la tolérance avec le personnage malmené, moqué et vilipendé de Quasimodo, physique monstrueux mais coeur pur. La belle Esmeralda, tiraillée entre plusieurs hommes (Gringoire, Phoebus, Frollo), objet de tous les désirs reste évidemment le centre de gravité de tout le drame à venir. Avec sa belle facture esthétique issue de l’expressionnisme, Quasimodo réussit l’alliage du fond et de la forme.
Dans le rôle du célère bossu de Notre Dame, Charles Laughton est magistral: ce grand acteur anglais, sous estimé de son vivant, compose une performance sans grimaces, ni excès de tics. L’oeil torve, il trimballe un pathétique tout à fait adéquat pour traduire la souffrance causées par ses difformités. Il imposa par ailleurs une toute jeune comédienne irlandaise, Maureen O’Hara, pour le rôle de la gitane, une beauté rousse sauvage et promise ensuite à une carrière significative. En Frollo, Cédric Hardwicke fournit un jeu mémorable et rend son personnage profondément mauvais et nuisible. Hollywood se fourvoie souvent en voulant adapter des grands classiques, mais ce Quasimodo là constitue une véritable victoire. A voir et à revoir.
ANNEE DE PRODUCTION 1939.



