En rentrant chez lui, René trouve un mot d’Anne, sa compagne, qui lui annonce son départ. Il décide de la séduire à nouveau. Avant cela, il voudrait d’abord se débarrasser de ses kilos encombrants. René fait 155 kilos et entame alors un régime. Il le fait autant pour elle que pour renaitre autrement…
Réalisateur de Thérese, Alain Cavalier semble avoir voulu laisser derrière lui les oripeaux du succès colossal, des prix, des louanges de la part des critiques et du public et vise une sorte d’ascèse. Avec René, quasi reportage aux airs de fiction, il signe un travail très artisanal: son récit semble peu « écrit », sa caméra ne cherche nullement ni les effets ni à adopter un style esthétique à tout prix. Cavalier cherche en priorité à filmer un homme dans sa lutte contre l’obésité, sans tomber non plus dans un constat quotidien des résultats du régime qu’il s’inflige. Juste en le suivant au plus près (90% des plans sont des « gros » plans de visages, caressant presque la peau de son anti héros, en tentant de s’immiscer dans ce sentiment d’être différent et « hors normes »). Mais René, c’est aussi un homme amoureux abandonné qui veut récupérer sa femme, c’est un animateur de spectacles pour enfants, un vrai pote pour ses collègues. Cavalier ne le réduit pas à son seul poids ni ne le limite pas dans sa définition narrative. Sans aucune emphase ni dramatisation outrancière, René s’impose avec ce dispositif minimaliste de réalisation et la modestie qu’il possède ne lui enlève en rien son émotion.
Cavalier a fait un pacte avec son comédien principal, Joel Lefrançois, obèse lui même dans la vie et qui finalement accepte ce rôle pour « se mettre en route » vers une reconstruction personnelle, à la grande différence qu’il est filmé dans ce processus. Ne pas s’attendre à un scénario qui raconterait une sorte d’avant/après bien artificiel, cette production à la marge a surtout l’ambition d’être au plus près de son sujet et d’en faire ressortir toute l’humanité. L’improvisation de certaines séquences prises sur le vif n’ont pas toutes le même niveau de réussite, mais même avec un ensemble parfois inégal, René demeure une proposition de cinéma alternative assez séduisante.
ANNEE DE PRODUCTION 2002.



