Mariés depuis dix ans, Johann et Marianne forment un couple uni et apparemment sans histoires… Jusqu’au jour où Johann annonce à sa femme son intention de la quitter pour une autre femme, beaucoup plus jeune.
Longtemps le cinéma d’Antonioni fut soit disant le plus représentatif de l’incommunicabilité entre les êtres. Pourtant, le suédois Ingmar Bergman a bouleversé cet état de fait en réalisant Scènes de La Vie Conjugale, d’abord sous la forme d’une mini série de six épisodes de 50 minutes, puis en montant une version spécialement faite pour le grand écran d’environ trois heures. Bergman avait précédemment conquis les cinéphiles les plus exigeants avec des oeuvres comme Les Fraises Sauvages, Persona ou Cris et Chuchotements, mais cette fois, sa science narrative, son acuité d’observation, son impitoyable lucidité sur l’humain et notamment sur le couple atteignent ici un sommet de perfection rarement égalé. Divisé en six parties distinctes allant du constat trompeur d’un mariage « sans failles » à la séparation pour cause d’adultère, en passant par les joutes verbales, les sentiments de chacun étalés et disséqués, le divorce et enfin une réconciliation aussi fragile que sans doute temporaire. Bergman n’a pas son pareil pour décrypter l’âme et les sursauts du coeur, mettre à nu les non dits, filmant à la fois des moments de confessions face caméra, des conflits oraux, des disputes violentes couvant pendant de longues années. Presque entièrement construit sur des face à face en champ contre champs dans des pièces closes et dépouillées, Scènes repose avant tout sur les mots, les névroses métaphysiques de ce couple découvrant qu’ils sont presque des étrangers l’un pour l’autre. D’une remarquable intelligence dans la description comportementale de l’homme (pétri dans sa suffisance et son égoïsme) et de la femme (rongée de doutes permanents, de culpabilité ancestrale), le film réussit le tour de force de n’être jamais rébarbatif ou redondant, et même les innombrables échanges verbaux viennent toujours éclairer d’un jour nouveau le point de vue que l’on pensait juste au premier abord. En grande partie autobiographique, cette oeuvre capitale sent le vécu, le ressenti, Bergman s’y livrant sans doute comme jamais auparavant.
Film douloureux sur nos propres vies, Scènes de la Vie Conjugale parle d’amour universel, de mensonges que l’on profère pour ne pas blesser l’autre ou pour mieux ne pas se dévoiler tout à fait, de sexualité aussi qu’elle soit de l’ordre du passionnel ou du strict devoir conjugal. Absolument fabuleux, les deux comédiens virtuoses Liv Ullman et Erland Josephson semblent vivre toutes ces émotions « pour de vrai »: ils crèvent prodigieusement l’écran. Bergman transcende l’austérité de son sujet par une sincérité tellement touchante, toujours à l’affût des visages, des regards fixes ou fuyants, des silences aussi déchirants que certains cris de douleur. LE chef d’oeuvre sur le couple. A voir et à revoir à tous âges de la vie (d’adulte).
ANNEE DE PRODUCTION 1973/74.



