Il était une fois, dans un lointain marais boueux, un ogre du nom de Shrek qui voit sa précieuse solitude brisée par une invasion de personnages de conte de fées agaçants. Parmi eux, un âne qui parle, banni du royaume par le méchant Lord Farquaad. Pour récupérer son bien, Shrek a pour mission d’aller délivrer une princesse prisonnière dans un château gardé par un terrifiant dragon…
Comment renouveler et rafraichir les sempiternels conte de fées dont l’écurie Disney nous a abreuvés entre Cendrillon, Blanche Neige et consoeurs? En prenant tout le style « guimauve » à rebrousse poil et en faisant de l’eau de rose de l’eau de… boudin: et voila que le studio d’animation Dreamworks inventa l’ogre Shrek, tout vert, tout moche, hargneux et confortablement installé dans sa vie solitaire. En tordant le cou aux clichés des bluettes pour enfants, Shrek revigore, amuse, étonne par un audacieux traitement dans lequel les princesses sont disgracieuses, le prince charmant a un léger souci de taille, les ânes bavassent à tout va, et où les dragons tombent amoureux plutôt que cracher du feu! Non dénuée de morale, cette fable sur la différence encourage à aller voir au delà des apparences, à faire comprendre qu’il faut s’accepter tel que l’on est, à s’aimer au delà des critères physiques. Bien sûr, Shrek ne fait pas dans la dentelle niveau humour, entre blagues scatologiques « épaisses » et calembours ou jeux de mots désopilants, et le récit ne dérive pas trop vers une « tendresse » forcée: un choix salutaire de la part de Dreamworks prenant le parti de s’éloigner de l’univers policé de Disney. L’animation et les images de synthèse reproduit des personnages consistants, aux émotions complexes, tout en nous les rendant attachants.
Fantaisiste et facétieux, Shrek déballe un scénario bien structuré, drôle, sans oublier d’y inclure assez d’action pour ne pas casser le rythme. Les voix originales de Mike Myers, Eddie Murphy et Cameron Diaz collent parfaitement à cet ogre impertinent, cet âne à la langue bien pendue et à cette princesse pas nunuche. Ce dynamitage en règle des codes du genre constitue un vrai renouveau et s’autorise en prime quelques références cinématographiques bienvenues: de Matrix à La Belle au Bois dormant, de Kill Bill à Indiana Jones et le temple maudit. Shrek fut le tout premier film d’animation à obtenir l’Oscar, ce qui permit une salve de suites jusqu’au numéro 5 annoncé pour 2026. Alors mettez vous au vert!
ANNEE DE PRODUCTION 2001.



