SMOKE

Les destins d’un écrivain désespéré, d’un adolescent noir fabulateur et de l’ex-femme d’Auggie, photographe amateur et patron du café de Brooklyn où ils se croisent, vont se mêler, s’entremêler et basculer.

Paul Auster, l’un des romanciers les plus brillants des années 80/90, s’est associé avec le réalisateur taïwanais Wayne Wang pour écrire et surtout mettre en scène ce film choral, contant les destins croisés de quelques éclopés de la vie se retrouvant dans une boutique de cigares d’un quartier miteux de Brooklyn. Smoke s’amuse à entremêler les histoires comme si, en apparence, elles n’avaient aucun lien entre elles, alors qu’en réalité elles évoquent toutes la rupture des liens familiaux, la perte d’un être cher, les retrouvailles d’un fils avec son père biologique, mais ce puzzle se révèle finalement irracontable en soi. C’est un film qui se ressent, se suit avec plaisir, s’écoute (par la magie de son aspect littéraire) et par sa faculté de parler d’amitié en évitant l’écueil du sentimentalisme bon marché. La nature humaine dans toute sa diversité semble représenter ici par un marchand de cigares photographe à ses heures, un écrivain veuf inconsolable et en panne d’idées, un jeune Noir reprenant contact avec son père qu’il n’a pas revu depuis plus de douze ans. Les personnages, attachants, se racontent à travers de délicieuses anecdotes, tendres et drôles, graves aussi pour certaines, et tissent un lien évident entre eux: celui d’une humanité retrouvée structurée en cinq tableaux, répartis en chapitres portant le nom de chacun des protagonistes. La réalisation de Wang, toute au service de l’écriture d’Auster, laisse aussi le champ libre aux interprètes et le casting compte beaucoup dans la réussite de Smoke.

Harvey Keitel, bien sûr excellent dans les univers violents des polars de Scorcese ou Tarantino, s’applique ici à montrer une facette plus introvertie de son jeu face à William Hurt, convaincant en écrivain désespéré (le double d’Auster lui même?). Forest Whitaker, Ashley Judd ou Stockard Channing complètent le tableau dans des rôles secondaires très bien troussés. Le dernier quart d’heure, sans doute le plus réussi de l’ensemble, boucle la boucle sur la valeur des sentiments, la nécessité de partager son expérience avec autrui et l’importance du mensonge lorsqu’il peut sauver du déterminisme social. Ours d’Argent à Berlin en poche, Auster et Wang donnent de Brooklyn une image attendrissante, un coin où l’on aimerait un jour poser ses valises.

ANNEE DE PRODUCTION 1995.

REVIEW OVERVIEW

Réalisation
Scenario
Interprétation

CONCLUSION

Ecrit et réalisé à quatre mains par Wayne Wang et l'écrivain Paul Auster, ce joli film plein d'humanité explore les liens amicaux et familiaux avec sensibilité. Dialogues littéraires brillants. Et beau tandem Hurt/Keitel!

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