Piper et Andy viennent de perdre leur père et sont placés chez une mère adoptive dans la maison isolée de Laura, au départ accueillante et gentille. Cette dernière vit là avec un autre enfant du nom de Ollie, un jeune garçon muet et elle a déjà perdu une fillette adolescente, Cathy, accidentellement noyée…
En 2023, ils avaient fait une relative bonne impression avec un premier long quasi expérimental intitulé La Main: les Frères Philippou sont de retour pour ce second opus, non seulement bien plus maitrisé, mais surtout bousculant carrément les codes du film d’horreur traditionnel avec ses jumps scares répétitifs et ses récits faiblards. Substitution fera date parce qu’il installe insidieusement une ambiance glauque et prend le parti d’une horreur psychologique tenace dans laquelle on est plongés sans pouvoir trouver de porte de sortie. L’épouvante démarre par des thèmes pourtant issus d’un drame quotidien et quasi banal tels que le deuil d’un enfant, les violences domestiques, les traumatismes de jeunesse. A travers des images fréquemment insoutenables à regarder, les Philippou ne craignent pas les excès (amis du gore bienvenue!), mais des excès soutenus par une mise en scène très pensée, se resservant de ses influences avec intelligence, utilisant des formules éculées du genre et les restituant à leur manière. D’où une oeuvre d’épouvante personnelle, défiant le tout venant de la production hollywoodienne sur le même terrain avec ses multiples films de possessions par exemple. Substitution nous parle également de l’emprise et ses dégâts, surtout quand elle est « pratiquée » dans un cercle censé être apaisant et affectif. Beaucoup détourneront sûrement les yeux devant certains passages d’une brutalité inouïe, les autres affronteront l’épreuve comme une réelle expérience de cinéma éprouvante.
L’admirable tenue du casting participe aussi à la réussite du métrage: les jeunes ados sont joués par Billy Barratt et Sora Wong, deux inconnus qui ne devraient pas le rester bien longtemps, par une performance incroyable de l’enfant Oliver tenu par Jonah Wren Philips, véritable ange démoniaque au regard inoubliable et enfin Sally Hawkins, la comédienne britannique vue chez Mike Leigh et Woody Allen, employée la plupart du temps en rigolote de service, campe là une mère « un poil dérangée » (soyons charitables!). Elle y est terrifiante. Cette excellente surprise estivale, un peu sortie de nulle part, consacre les Frères Philippou comme les nouveaux auteurs prometteurs du cinéma d’horreur. Attention les yeux!
ANNEE DE PRODUCTION 2025.



