Otsuya vit une passion secrète avec Shinsuke, l’employé de son père. Un soir, il l’aide à s’enfuir et le couple trouve refuge chez Ginjo, un aubergiste qui se débarrasse de l’amant d’Otsuya pour la contraindre à devenir geisha. La cruauté avec laquelle elle traite ses clients est à l’image de l’araignée qu’on lui a tatouée de force sur le dos, et lui apporte bientôt une renommée grandissante. Son passé va la rattraper…
Antérieur de trois ans à La Bête Aveugle, un de ses opus les plus cités, Tatouage fait partie intégrante de l’oeuvre singulière du japonais Yasuzo Masumura que l’on redécouvre progressivement. Son cinéma, en avance sur son époque, alliait érotisme, violence, brutalité, et ne peut laisser indifférent. Cette fois, Masumura dénonce l’intolérable dépendance de la condition féminine, symbolisée par un tatouage dorsal censé influer les instincts de son héroïne, la transformant en maitresse vengeresse sans pitié. Adapté d’une nouvelle, le film tourne autour de thèmes chers au cinéaste, à savoir la femme captive, la domination masculine, le mélange de désir sensuel et le désir de mort. Opposant les décors de studio faits d’intérieurs traditionnels dépouillés, aux paysages extérieurs (marécageux et constitués de bois isolés), les personnages se trouvent dans des lieux tout le temps hostiles et menaçant leur vie ou le cas échéant leur amour. Plus l’intrigue progresse, plus les cadavres et la mort se multiplient, les pulsions meurtrières d’Otsuya font écho aux récits de Bataille davantage qu’à ceux de Sade. Avec un érotisme noir, moins évident qu’il ne le sera dans La Bête Aveugle, Tatouage possède toutefois une faiblesse dans son scénario: l’araignée tatouée dans la chair d’Otsuya ne semble être qu’un prétexte pour expliquer la férocité avec laquelle elle va faire le malheur de tous les hommes croisant sa route.
Presque de tous les plans, l’actrice japonaise Ayako Wakao, déjà dirigée par Masumura dans La Femme de Seisaku, habite l’écran avec une belle présence charnelle et un jeu étonnamment moderne. Poème d’amour fou virant au macabre, Tatouage impressionne aussi par l’utilisation de couleurs chaudes, que le Cinémascope restitue remarquablement bien (le rouge dominant de loin la palette). Le cinéma sulfureux et décidément original de Masumura ne semblait pas cadré avec les années soixante, il annonce pourtant l’élan de libération sexuelle de la décennie suivante et nous parait furieusement contemporain. Son amoralité doit en tout cas nous inciter à réévaluer cette oeuvre à part.
ANNEE DE PRODUCTION 1966.



