Durant l’été 1949, dans une petite ville du nord de la Californie, Ed Crane soupçonne sa femme Doris de le tromper avec son patron. Un jour, il fait la rencontre d’un voyageur de commerce qui lui propose de faire fortune. Pour cela, Ed devra s’exercer au chantage et aux pratiques les plus illicites
Spécialisé dans un cinema a la fois exigeant et divertissant, les Frères Cohen n’en demeurent pas moins de sacrés scénaristes et des filmeurs hors pair. Comme en témoigne merveilleusement ce The Barber, très haut dans leur filmographie. Ce récit envoûtant d’une chute annoncée oscille entre le drame humain et le film noir baigné de tragédie. La chute d’un looser au destin inéluctable contée par lui même de sa voix off lancinante avec un cynisme et une ironie constantes. Avec son charme retro des années 40, ses clins d’ oeil a des classiques comme Le Grand Sommeil ou Le Faucon Maltais , son noir et blanc classieux et ses plans hyper léchés, The Barber pourrait sombrer dans le simple exercice de style. Or il n’ en est rien! Entre escroquerie et meurtre, faux coupable et vraies réflexions sur le non sens de la vie, le scénario, drôle par moments et grinçant à d’autres, se déroule sur un ton désabusé, vénéneux, sur un mode presque taiseux en adéquation avec le mutisme du héros, ou plutôt de l’anti héros. Joël et Ethan Cohen tirent le portrait d’un gars sans histoires qui, par l’enchaînement de situations inattendues, va vivre des moments quasi surréalistes. Sous le vernis du polar, se joue en fait une histoire d’amour qui ne dit pas son nom, celle du « pauvre » Ed pour son épouse infidèle et lassée de leur mariage ennuyeux.
Dans le rôle titre, l’acteur Billy Bob Thornton, visage impassible, lèvres pincées, insaisissable, n’a pas besoin de faire grand chose pour exister et rendre son personnage intense. Frances Mac Dormand, fidèle parmi les fidèles, incarne l’épouse « roublarde » et victime en même temps du sort, tandis que la toute jeune Scarlett Johansson campe une adolescente douée pour le piano (en tout cas aux yeux d’Ed surtout fasciné par sa beauté juvénile). Soulignons aussi la présence dans un petit rôle ( mais crucial) du regretté James Gandolfini , ex star de Soprano en amant bourru sous le coup d’un chantage. Avec ce diamant brut, les Cohen signent rien de moins que leur film le plus abouti. Plus fort que Fargo, plus profond que The Big Lebowski.
ANNEE DE PRODUCTION 2001



