En 1945, juste après l’armistice, six soldats allemands sont engagés pour une mission périlleuse de déminage. Ils passent un accord au terme duquel chacun s’engage à verser la moitié de sa paie dans une caisse commune qui sera partagée entre les survivants. Au fil des missions, quatre y laissent la vie. La rivalité qui oppose les deux derniers, Wirtz et Koertner s’intensifie…
Dans le système hollywoodien des années 50 depuis une bonne décennie après des films comme Feuilles d’automne, Le Grand Couteau ou Attack , Robert Aldrich revient avec cette oeuvre sur l’après guerre 39/45, dans un Berlin en ruines et surtout menacé par des dizaines de bombes disséminées dans la ville, prêtes à exploser. Film de genre, Tout près de Satan exploite le suspense lié à l’activité dangereuse du déminage pour entretenir une tension constante. Hormis les séquences en question, Aldrich rencontre davantage de difficultés à rendre son récit vraiment captivant et sa mise en scène, d’ordinaire frappante, est ici plutôt policée. Réellement tourné à Berlin même, le film possède une valeur documentaire évidente, avec un point de vue américain fort. C’est également le récit de deux hommes, pourtant amis auparavant, dont la mission va laisser poindre leurs nettes différences: l’un est cynique, terre à terre, égoïste, l’autre un idéaliste désespéré, un affrontement idéologique fait rage entre eux. Aldrich a été obligé de faire des coupes franches dans son montage sur la demande du studio, ce qui déséquilibre en partie son intrigue. Sec et un peu froid, le résultat final nous apparait clairement en demi teintes.
Aldrich retrouve son acteur de Le Grand Couteau et d’Attack, Jack Palance, à la gueule carrée, au jeu plutôt introverti face à Jeff Chandler, un peu moins charismatique. Les deux hommes se partagent les faveurs d’une très jolie logeuse blonde, veuve d’un soldat français, et campée par Martine Carol, alors en début de « déclin ». L’idylle qu’elle noue avec Palance est censée ajouter une touche romantique à la noirceur de l’ensemble, mais Aldrich ne la développe pas suffisamment dans ce sens. Tout près de Satan témoigne tout de même d’une volonté de réalisme dans cette mission suicide entre des hommes « perdus » d’avance et qui annoncent lointainement l’esprit de corps des Douze Salopards, que le cinéaste signera dix ans plus tard.
ANNEE DE PRODUCTION 1958.



