Michel Gerfaut, joueur de poker, porte un soir secours à un homme laissé pour mort sur une route isolée. Ignorant qu’il se trouve au centre d’un règlement de comptes, il part pour Deauville avec sa maitresse. Et c’est sur la plage qu’il échappe par miracle à une première attaque par deux tueurs. Conscient désormais d’être traqué, même s’il en ignore les raisons, Gerfaut rejoint Paris.
L’association Delon/Jacques Deray fut une belle et longue histoire depuis leur premier hit La Piscine en passant par Flic Story et bien sûr le carton de Borsalino. Au début des années 80, les deux hommes sont en manque de succès public et critique et décident de refaire équipe ensemble pour l’adaptation du roman de Jean Patrick Manchette, la série noire intitulée Le Petit Bleu de la Côte Ouest. Trois hommes à abattre revient clairement aux fondamentaux du polar à la française avec son lot de scènes d’action (une belle poursuite en plein Paris, puis une fusillade musclée dans une station service) et d’autres plus transitoires, où Deray filme son héros solitaire comme un animal traqué, poursuivi par des tueurs redoutables et sans pitié. On retrouve un peu le climat de Mort d’un Pourri dans lequel la mort rôde sans cesse, le personnage principal étant la cible et la victime de magouilles politiques (ici une sombre histoire de missiles militaires). Le récit, quoique traditionnel et balisé, propose un bon suspense, peu de temps mort et surtout donne l’occasion à Deray de prouver son savoir faire dans le style policier nerveux. Emmené par une partition musicale de Claude Bolling très bien troussée, Trois Hommes à abattre divertit sans mal, remplit son contrat et fait bien sûr la part belle à son acteur star.
Alain Delon, la quarantaine superbe, peaufine son personnage de justicier maniant le flingue avec aisance, annonçant déjà les futurs polars qu’il réalisera lui même (Pour la peau d’un flic, Parole de flic, Ne réveillez pas un flic qui dort): l’acteur occupe sa zone de confort habituelle sans prises de risques et quasiment certain de plaire à son public. Sa partenaire et chérie du moment, l’italienne Dalila Di Lazarro, manque d’un jeu élaboré qui aurait ajouté plus d’émotion, par contre sa photogénie met tout le monde d’accord. Parmi les seconds rôles (Pierre Dux, Michel Auclair, un tout jeune Bernard Le Coq), peu à redire si ce n’est qu’ils assurent correctement leurs parties. La fin, aussi inattendue que sans concessions, ajoute un vrai plus à ce bon policier qui a remis Delon et Deray au sommet du box office.
ANNEE DE PRODUCTION 1980.



