Au début du XXe siècle, Charles Swann, riche dandy, mène une vie oisive. Il rencontre une demi mondaine, Odette de Crécy, à laquelle il finit par s’attacher. Quinze ans plus tard, Swann l’épousé et eu une fille avec elle discute avec son ami le Baron de Charlus sur l’échec de sa vie sentimentale. Sa quête d’un amour absolu s’est soldé par un ratage. Charlus, homosexuel, ne peut que se ranger au même constat…
Proust et le cinéma, c’est une longue histoire de projets avortés, de scénarios entamés et non terminés, tant la difficulté de rendre son style vibrant « ‘par l’image » est réputée extrême. Losey, Visconti s’y sont cassé les dents, comprenant que cette recherche du temps perdu recélait surtout des aspects intrenséquement « littéraires ». Il faut attendre l’audace et sûrement l’inconscience de l’allemand Volker Schlondorff (ancien assistant de Malle) pour voir naitre une adaptation partielle du pavé originel, réduit à l’obsession du personnage de Swann, dandy idéaliste pour une courtisane à qui il voue toutes ses pensées. Scénarisé par Jean Claude Carrière (pas précisément médiocre dans son domaine), Un Amour de Swann semble plus soucieux de soigner ses images et ses apparences esthétiques (décors et costumes du Paris des années 1900/1910) que d’enrichir un matériau de départ très riche et d’une foisonnante complexité. On assiste certes aux errances amoureuses de ce héros, vivant son amour comme une maladie incurable, mais à aucun moment on ne ressent d’émotion ou on n’entend un vrai coeur battre en son centre. Suranné, joliment décoratif, le film se laisse suivre sans ennui, il ne nous implique juste pas dans le récit, ne permettant ni empathie ni identification. Cette histoire d’amour unilatérale aussi démentielle que tragique parvenait davantage à exister avec les mots de Proust qu’avec la mise en scène finalement hyper académique de Schlondorff, assez dépassé par l’entreprise.
Le réalisateur avait eu plus de chance et d’inspiration sur Le Tambour, autre roman phare, même si la Gaumont lui a déroulé le tapis rouge en matière de budget et de distribution. Jeremy Ions campe Swann, pourtant déjà acteur intense et qui échoue ici à apporter des nuances dans son incarnation de l’amoureux jaloux et dévoré par sa passion, face à Ornella Mutti en Odette (pourquoi pas ?) mais l’italienne peine à créer vraiment un personnage aussi ambigue que souhaité, au delà de sa grande beauté physique qu’on ne discutera pas. Enfin, Alain Delon n’écope que d’un rôle réduit en temps de présence, son Baron de Charlus précieux lui allant plutôt pas mal et confirmant son adresse pour certains contre emplois. Les autres (Fanny Ardant, Marie Christine Barrault, Jacques Boudet, Anne Bennent, etc…) tiennent des rôles moins importants, rehaussant toutefois un tantinet le casting. Notons tout de même que Carrière et Schlondorff osent parler à quelques reprises de la xénophobie galopante de l’époque, de la futilité latente des conversations de salons, de la façade existentielle de ses nantis: de ce point de vue là, la tentative ne reste pas complètement vaine.
ANNEE DE PRODUCTION 1984.



