Ancien révolutionnaire désabusé et marginal, Bob vit avec sa fille Willa. Quand son ennemi juré, le Colonel Lockjaw, refait surface après 16 ans et que Willa disparaît, Bob remue ciel et terre pour la retrouver, affrontant pour la première fois les conséquences de son passé…
Electron à part dans le paysage du cinéma américain, Paul Thomas Anderson avait bluffé critiques et public avec ses premières oeuvres Boogie Nights et Magnolia. Dans les années 2000, il retrouva le feu sacré avec There Will Be Blood, récit épique mené de main de maitre. Son nouvel opus, Une Bataille après l’autre, sorte de comédie d’action survitaminée, met le paquet avec une mise en scène tonitruante et regarde l’Amérique contemporaine en face, droit dans les yeux, en dénonçant ses travers, ses luttes, et en cela son film éminemment politique a le courage que beaucoup n’osent pas afficher. On ne peut pas accuser Anderson d’être lisse ou sans personnalité. D’emblée, il nous chope sans ménagement et ne nous lâche plus, quasi otages du chaos général (l’idée d’un pays à feu et à sang où plus rien n’est contrôlé jaillit de toutes parts). Cette énergie de chaque instant ne rattrape pas toujours un scénario aux enjeux finalement maigrichons et surtout s’étirant sur une durée éléphantesque de 2H50 (!!): signe qu’Anderson se laisse gagner par une prétention assez énervante. Rien ne justifie en soi la quête de cette jeune fille pour boucler la boucle de la première heure du récit! Le film pourrait presque tenir sur le tumulte dans lequel il se déroule si seulement le réalisateur de Licorice Pizza avait structuré autrement son intrigue. Tournée en Vistavision, la longue séquence du quasi dénouement (une course poursuite entre trois bagnoles sur une ligne droite traversée de bosses) donne le tournis par sa virtuosité technique et nous réconcilie avec les longueurs précédentes.
Du point de vue du casting, Anderson se paye une méga star (Leonardo Di Caprio), le plonge dans cet univers de désordre ambiant dans lequel il le regarde évoluer, se débattre, lutter (par conviction idéologique d’abord, par amour pour sa fille ensuite) et l’acteur de Titanic montre un aspect de lui assez inédit: le sens comique. Pourtant, celui qui impressionne carrément, c’est Sean Penn, hallucinant dans le rôle du colonel ignoble (tellement mauvais qu’il frise la caricature): il ne serait pas étonnant qu’il décroche l’Oscar du meilleur second Rôle. Quant aux femmes, incarnées par Teyana Taylor et Chase Infiniti, elles sont le marqueur de figures fortes, refusant d’être victimes et jouant sur le même terrain que leurs homologues masculins. Anderson a le sens du cinéma coup de poing, mais sa manière de faire peut rapidement devenir exténuante.
ANNEE DE PRODUCTION 2025.



