Agnès et Nora voient revenir dans leurs vies leur père absent depuis de longues années. Réalisateur de renom, celui ci vient proposer à Nora d’être l’héroïne de son nouveau film. Nora refuse avec défiance. Il trouve alors une jeune star hollywoodienne pour la remplacer, ravivant ainsi des souvenirs familiaux douloureux.
Valeur Sentimentale est le sixième long métrage du norvégien Joaquim Trier, après des opus plutôt marquants comme Back Home ou Julie en 12 Chapitres. Le réalisateur livre un drame psychologique cruel et touchant sur l’incommunicabilité entre un père et ses filles, à travers un récit sous haute influence bergmanienne et dans l’esprit de Tchekhov. Analysant par petites touches les non dits, la colère enfouie et les ravages des carences affectives, le scénario en premier lieu austère (pas mal de personnages, voix off dans la première partie) s’aère davantage dans un second temps grâce à une mise en scène moins distanciée, plus chaleureuse. Trier décrit subtilement les rapports familiaux complexes, imbrique la création artistique et les sentiments personnels de ses protagonistes, et avec une belle profondeur dans l’écriture, il gagne peu à peu notre coeur par le caractère universel de son sujet. Ce père, incapable de montrer son affection, pense à tort réparer les erreurs du passé, à travers son travail de cinéaste et entreprend une oeuvre censée panser les plaies: or, Valeur Sentimentale semble dire que le cinéma ne peut tout résoudre, à peine réconcilier les uns avec les autres. Le décor étouffant de la maison familiale (jouant presque un rôle à part entière) exprime de manière symbolique les silences assourdissants installés entre ce père toxique et sa fille ainée. Trier réussit aussi à montrer combien les blessures liées à nos passés se répercutent toujours dans notre présent, même si l’on a pris soin de tout enfouir sous le tapis.
L’interprétation (de haut niveau) comprend Renate Reinsve (déjà héroïne de Julie en 12 chapitres), Inga Ibsdotter Lilleaas, Stellan Skarsgard (un habitué de Lars Von Trier), et plus surprenant l’actrice américaine Elle Fanning incarnant avec justesse une actrice rongée par les doutes. La « pirouette » finale, fonctionnant comme un mise en abyme et gommant du même coup la frontière ténue entre réalité et fiction, confirme la volonté de Trier de questionner la nature de l’Art et ses vertus. Le Grand Prix qu’il a reçu à Cannes en mai dernier parait plus que justifié au vu du résultat très satisfaisant de ce film accompli.
ANNEE DE PRODUCTION 2025.



