En 1904, dans un petit village de l’Europe de l’Est. Bien que sa lecture soit réservée aux hommes, Yentl, jeune femme juive, étudie secrètement chaque soir le Talmud avec son père. Lorsque ce dernier meurt, elle décide de quitter le village, déguisée en garçon et parcourt alors la Pologne à la recherche d’une école rabbinique où elle pourra étudier. Dans une auberge, elle fait la connaissance d’un séduisant étudiant, Avigdor, qui l’introduit dans une yeshiva. Yentl se présente alors sous le faux prénom masculin de Anshel…
Depuis ses tous débuts d’actrice avec Funny Girl à la fin des années 60, Barbra Streisand nourrissait le rêve secret de porter à l’écran le roman écrit par Isaac Bashevis Singer et d’en faire le « film de sa vie ». Quinze ans plus tard, ce fut chose faite. Entre tragédie et drame musical, Yentl décrit surtout l’émancipation d’une femme dans un monde impitoyablement dirigé par des hommes et dans lequel le savoir est interdit au sexe faible afin de les maintenir dans leur position « inférieure » au sein du foyer et de la cellule familiale. Se travestir en homme pour accéder au droit d’étudier était bien sûr la clef principale du roman, le film reprend cette idée et la développe en ajoutant la dimension amoureuse, puisque Yentl est de ce fait empêchée d’avouer ses sentiments et son attirance à Avigdor. Le sujet de l’éducation religieuse juive dans la Pologne du début du XXe siècle aurait été traité par n’importe qui d’autre sur un mode « épique » et historique, ce point de vue intéresse moins Streisand qui en conserve surtout l’aspect humain et sentimental. Ce récit initiatique en costumes donne du fil à retordre à l’actrice qui compte TOUT régenter: la production, le scénario, et la réalisation!! Tout en tenant évidemment le rôle titre! Ainsi, le film, pour aussi ambitieux qu’il soit, déborde d’un excès d’ego visible à peu près tout le temps et lui enlevant une part de « grandeur ».
En tant que cinéaste débutante, Streisand ne s’en sort pas mal, alliant le lyrisme à la joliesse des images, frisant parfois le conte illustré. Composées par Michel Legrand, les douze chansons interprétées par Streisand elle mêmes n’ont pas toute leurs raisons d’êtres, même si quelques unes d’entre elles sont irrésistiblement « tubesques » comme Papa Can You Hear Me ou A Piece of Sky. On l’aura compris, le classicisme guette souvent le traitement pris par le script jusqu’à un dénouement bien trop « happy end » pour satisfaire vraiment. En tant qu’actrice, Barbra s’est laissé l’intégralité des plans à assumer, une présence écrasante qui, selon l’amour qu’on peut lui porter comblera ses fans et… irritera les autres. Blague à part, elle est secondée par un partenaire de talent en la personne de Mandy Patinkin, beau et bon acteur incarnant Avigdor. A noter aussi l’importance du triangle amoureux Yentl/Avigdor/Hadass, faisant du film une oeuvre résolument queer et audacieuse. Qu’on le veuille ou non, ce projet longuement mûri dans la tête de Streisand reste à ce jour l’épanouissement incontestable de sa carrière.
ANNEE DE PRODUCTION 1984.



