Dans les années 20, Leonard Zelig est considéré comme un phénomène: en effet, sous une allure tout à fait banale, cet homme parvient à se transformer physiquement à l’image de n’importe quelle personne l’entourant. Tel un caméléon, il grossit face à un obèse, sa peau noircit devant un Noir, ses yeux se brident en présence d’un asiatique. Zelig devient un sujet d’études pour le docteur Léonora Fletcher…
Zelig est entièrement consacré à un personnage « célèbre » mais en même temps totalement fictif puisque sorti de l’imagination débordante de Woody Allen. Reproduisant le même procédé qu’Orson Welles avec son Citizen Kane, il raconte cet hallucinant pitch d’un individu « passe partout » capable de changer d’apparence et de personnalité et ainsi devenir tout autre: un être ainsi insaisissable et imprévisible. On suit son parcours à travers des images d’archives, façon actualités d’époques, toutes en noir et blanc, au milieu de quelques incursions en couleurs avec des interventions de personnalités reconnues de l’intelligentia new yorkaise comme Susan Sontag, Bruno Bettheleim. Cette prouesse technique s’allie à l’inventivité d’un récit loufoque et un peu fou, où il faut démêler le vrai du faux, où l’on croise tout aussi bien Joséphine Baker que Scott Fitzgerald, ou encore… Adolf Hitler! Allen, qui s’est toujours amusé de ses origines juives, en rajoute une couche et si cette fois, son humour ressort plutôt par l’image et moins par les dialogues, Zelig demeure un de ses opus les plus atypiques. Le concept d’insérer un personnage fictif dans une photographie bien réelle donnera des idées identiques bien plus tard à Zemeckis quand il réalisera Forrest Gump. L’ensemble court (1H15 à peine!) se présente comme un faux documentaire avec voix off, étude sociologique d’un cas clinique, et n’oublie pas au passage une histoire d’amour entre le héros et son médecin attitré.
En caméléon humain surnommé le Lézard, Woody lui même fait des merveilles avec une facétie qu’on ne lui connaissait pas, face à sa muse du moment, Mia Farrow. Zelig en profite aussi pour offrir un instantané délicieux des folles années 20 et 30 (la montée du national socialisme étant évoqué avec légèreté -il fallait oser!-). Après ses incursions dans le drame façon Bergman (Intérieurs), le burlesque de Broadway Danny Rose, Zelig montre une autre facette d’Allen et le range encore davantage dans la catégorie des cinéastes justement inclassables.
ANNEE DE PRODUCTION 1983.



