Malgré tous les efforts pour résister, Anna Karénine va succomber à la passion que lui voue le futur époux de sa soeur, l’officier Alexei Vronski. Le mari d’Anna s’aperçoit de sa liaison et menace de divorcer. Anna rompt dans un premier temps, mais ne peut se résoudre à oublier son amant. Ils partent à Venise, mais nostalgique de leur pays, retournent à Moscou où le mari trompé lui refuse la garde de leur fils, Serguei.
Le roman de Tolstoi, ultra connu, n’a pu échapper aux adaptations cinématographiques en série. Anna Karénine fut d’abord un des grands rôles de Greta Garbo dans une version de Clarence Brown, assez emphatique. Plus proche de nous, Sophie Marceau fut elle même l’héroïne romantique et tragique dans un film qui ne marqua pas les mémoires et récemment, Keira Knightley endossa aussi le rôle dans un film britannique de belle tenue. Une autre adaptation un peu oubliée revint au français Julien Duvivier, tournée dans les studios anglais de Shepperton, scénarisée par Jean Anouilh et à la direction artistique confiée à Henri Alekan. Duvivier parvient avec difficulté à restituer l’essence du livre et à rendre la passion amoureuse d’Anna pour Vronski, véritablement enfiévrée. La réalisation, très académique, suit de façon linéaire les grandes lignes écrites par Tolstoi, sans ajouter de personnalité particulière à sa vision d’une liaison adultère aboutissant à un drame. L’auteur de Pot Bouille ouvre et referme son film dans le décor d’une gare en pleine tempête de neige, comme s’il bouclait une boucle inéluctable du destin. Ce destin de femme, sacrifiant sa vie rangée et son enfant, blessée au plus profond d’elle même par la déception d’un amour qu’elle idéalisait au delà de tout.
Sacrée star depuis Autant en emporte le vent, Vivien Leigh alternait théâtre et cinéma avec une certaine régularité dans les années 40 et obtint de rentrer dans la peau d’Anna Karénine. Son jeu assez mesuré contrairement à ce qu’elle livrera dans Un Tramway nommé Désir par exemple, semble presque trop retenu pour que l’on adhère totalement à l’emballement amoureux qui tenaille le personnage. Elle reste bien sûr sublimement belle, mais finalement pas si idéale que ça dans cette composition. Ralph Richardson lui donne la réplique avec assurance. En dépit d’une photographie noire et blanche de facture élégante, Duvivier ne réussit pas à transcender outre mesure le texte de Tolstoi et le film ressemble quasiment à n’importe quel drame bourgeois.
ANNEE DE PRODUCTION 1948.



