Victor Frankenstein est un brillant scientifique prêt à tout pour réanimer un corps décédé. Après s’être aliéné avec son ami et partenaire de longue date, Paul Kemple, Frankenstein assemble une créature hideuse à partir de parties de cadavres et parvient à lui donner vie…
Un jalon essentiel du cinéma fantastique. Pour cette première adaptation en couleurs du roman de Mary Shelley, le britannique Terence Fisher dépoussière le classique de James Whale, sorti au début du parlant. Il s’agit aussi du premier des sept films consacrés au fameux scientifique et sa créature au sein de la maison de production Hammer. Hammer sort le paquet d’ailleurs avec un générique rouge sang, un Eastmancolor de toute beauté, papiers peints victoriens (le chef opérateur Jack Asher se régale de sa palette graphique). Quant au scénario, s’il est ténu, il reprend bien sûr l’idée fondamentale du savant fou créant un être vivant avec des bouts de cadavres et cette invention va semer la mort et la terreur, être l’instrument de son malheur. Ce fleuron de l’épouvante anglaise dépasse les frontières et va créer une onde de choc pour le cinéma tout entier par sa représentation frontale de la violence, sa critique féroce contre une science aveugle et fait la part belle au baron Frankenstein lui même, le décrivant comme un homme sec, arrogant, déterminé à n’écouter que sa déraison. Et relègue la créature au second plan, la présentant cette fois comme un monstre désarticulé, à la figure pourrissante (les maquillages rudimentaires donnent pourtant un résultat effrayant). Le gothique traité ici influencera plus tard des réalisateurs italiens comme Mario Bava, Lucio Fulci ou l’américain Roger Corman. N’oublions pas de saluer Fisher pour sa mise en scène précise, sa volonté de resserrer l’intrigue au maximum pour ne pas laisser de place à l’ennui et d’afficher une cruauté inédite à l’aide d’une esthétique novatrice.
Littéralement vampirisée par la prestation du grand Peter Cushing en savant démoniaque, Frankenstein s’est échappé lui octroie Christopher Lee en partenaire de choix, plus célèbre en Comte Dracula et qui joue ici le monstre avec conviction. Le tandem se retrouvera l’année suivante dans le magnifique Cauchemar de Dracula, autre sommet de la Hammer et de nouveau dans de flamboyantes couleurs. Il est intéressant de noter que ce film est également précurseur dans sa description du Mal, de l’homme démiurge sans morale, sur le thème du double. Après avoir été longtemps dévalué, la valeur de ce Frankenstein frappe immédiatement et durablement.
ANNEE DE PRODUCTION 1957.



