Sourde de naissance, Angela attend son premier enfant avec son compagnon Ivan. Ils forment un couple heureux malgré la différence de la jeune femme. Sa grossesse va pourtant tout changer et Angela redoute que son bébé ne soit atteint aussi de surdité. Mais dans le cas contraire, cela pourrait aussi creuser un fossé entre elle et l’enfant…
Première réalisation d’une jeune cinéaste espagnole du nom d’Eva Libertad, Sorda traite le sujet de la surdité avec une intelligence infinie, sans pathos, rentrant progressivement dans le quotidien d’un couple (la femme sourde, le mari « entendant ») confronté à l’arrivée d’un bébé et d’une nouvelle donnée à prendre en compte dans leur vie. En fait, le handicap, vu comme une simple différence au départ, devient ensuite l’obstacle à un épanouissement de l’héroïne. D’abord par sa façon d’aborder la maternité avec cet élément « perturbateur » et par le manque de place qu’elle ressent dans l’éducation à donner à l’enfant, du fait de son isolement « sonore ». Eva Libertad arrive à se situer entre le monde des « entendants » et celui de la jeune épouse sourde par l’entremise d’une réalisation aussi simple que puissante et par la grâce d’un scénario accompli qui évite tout espèce de misérabilisme. Le plus frappant cependant réside dans les vingt dernières minutes, lorsque le spectateur est immergé à l’intérieur de la tête de l’héroïne et vit son calvaire en même temps qu’elle. Condamnée au silence pesant où qu’elle soit et quoiqu’elle fasse. Un parti pris radical et superbement assumé par la réalisatrice.
La séquence de dispute du couple marque aussi les esprits, mettant l’accent sur l’incompréhension insidieuse provoquée par le handicap, et les deux interprètes offrent chacun un jeu très intense pour nous saisir d’émotion. En particulier l’actrice Miriam Garlo, incarnant plus que bien cette femme prisonnière de sa différence, incapable de formuler les mots qui pourraient la soulager et faire un pont avec les siens, sa petite fille notamment. Du coup, l’amour passe par les silences, les regards, la langue des signes et rend Sorda infiniment sensoriel. Un long métrage qui risque hélas, de par son sujet très peu « commercial », de rester assez confidentiel.
ANNEE DE PRODUCTION 2026.



