1952. Dans un château d’Auvergne, quelques dizaines de garçons apprennent le latin sous l’œil sévère des pères Jésuites. Dans ce collège, que l’avenir menace, croyant ferme en sa méthode et conscient des mécanismes de rejet qu’elle développe, le préfet des études fait régner la discipline par la terreur. A cette lucidité cynique, le père Godard, jeune prêtre nouveau venu, voudrait remplacer auprès des élèves la baguette et le fouet par un peu d’amour
Surtout connu pour deux films, Poussière d’Ange et le mauvais Retour de Casanova, le réalisateur français Edouard Niermans avait débuté sa carrière derrière la caméra avec ce premier long métrage très intéressant et resté quasiment invisible depuis sa sortie (hormis une diffusion sur Antenne 2 au milieu des années 80). Anthracite raconte le quotidien d’un groupe de jeunes garçons dans un pensionnat isolé au fin fond de l’Aveyron, dirigé d’une main de fer par un homme autoritaire, ne croyant qu en la dureté et la violence pour « éduquer » ses sujets et croit il, les endurcir pour affronter la vie. Niermans fait preuve d’une écriture travaillée, des dialogues bien pensés, décrivant avec acuité un univers impitoyable et cruel, dans lequel les plus faibles sont constamment rabaissés, humiliés. Les élèves trop sensibles ou le jeune prêtre souhaitant inclure un peu plus d’ amour et de compréhension dans ses méthodes font les frais d’un esprit de domination et d’une volonté de puissance. La réalisation, un peu trop sage et classique, n’empêche pas de rendre cette atmosphère étouffante et d’insister sur la noirceur du propos. On se rend compte combien sous prétexte d’éducation chrétienne, les rapports humains peuvent être teintés de cruauté et façonner des jeunes à devenir des moutons enragés. A ce titre, la toute fin n’ouvre même pas sur une sorte d’apaisement, c’est la violence qui semble prendre toute la place et régner inévitablement.
Très bon casting emmené par Bruno Crémer, en préfet d’études déplaisant et tyrannique, sa présence et son regard perçant font peser une chappe de plomb sur ce collège de jésuites. Jean Pol Dubois incarne le surnommé Anthracite, le mystique dévoyé devenant la tête de Turc de la « meute ». Ajoutons aussi Roland Bertin, Jean Bouise et un tout jeune Jacques Bonnaffé en écorché vif révolté. Anthracite , oeuvre dure sans concessions, peu « aimable » n’a sans doute pas reçu l’accueil qu’elle méritait et devrait sortir des tiroirs de l’oubli où elle est enfermée.
ANNEE DE PRODUCTION 1980.



