Jackie Brown, hôtesse de l’air, arrondit ses fins de mois en convoyant de l’argent liquide pour le compte d’un trafiquant d’armes, Ordell Robbie. Un jour, un agent federal et un policier de Los Angeles la cueillent à l’aéroport. Ils comptent sur elle pour faire tomber le trafiquant. Jackie échafaude alors un plan audacieux pour doubler tout le monde lors d’un prochain transfert qui porte sur la modeste somme de cinq cent mille dollars. Mais il lui faudra compter avec les complices d’Ordell, qui ont des méthodes plutôt expéditives.
Trois ans après son sacre international et sa Palme d’Or cannoise pour le choc Pulp Fiction, l’enfant terrible d’Hollywood, Quentin Tarantino, a posé sa caméra dans les décors un peu tocs et plastocs du South West pour illustrer l’intrigue de son troisième opus, Jackie Brown. Sorte de policier dans lequel cette fois la violence est beaucoup plus souterraine et où il peut user à loisir de son sens du dialogue. Ici, les personnages parlent beaucoup: de ce qu’ils planifient de faire, de ce qu’ils ont commis dans le passé, de ce qu’ils veulent mettre sur pied pour faire aboutir un plan machiavélique de transfert d’argent. Tout gravite autour de l’héroïne titre, une superbe quadragénaire noire, hôtesse de l’air, et complice d’un malfrat vendeur d’armes dans son projet de rapatrier un paquet de fric depuis le Mexique. Tarantino met en avant le côté psychologique au détriment de l’action qui s’installe doucement et prend surtout son essor au bout d’une heure et demie de film (!!). En attendant, il nous présente des protagonistes typiques des romans pulps qu’il admire: des tueurs à gages minables, des blondinettes camées, un prêteur sur gages bien élégant et cool, une bande de flics limités dans leurs réflexions. Jackie Brown ne s’apprivoise pas d’emblée, c’est un film d’ambiance, dans lequel le scénario, volontairement alambiqué, fait presque valeur de « prétexte ». Et pourtant, le spectateur prend un pied d’enfer à suivre cette narration « tordue » jusqu’à son terme!
Tarantino nourrissait le rêve de faire un jour tourner la star féminine de la « blackploitation », la sculpturale Pam Grier, et il lui confie donc le rôle de Jackie Brown, histoire de la remettre en selle après des années de vaches maigres. Il a bien raison, car elle irradie de présence face à des pointures comme Michael Keaton, Robert de Niro en malfrat taiseux et surtout Samuel L. Jackson, encore une fois dantesque en truand bavard dans la droite lignée de Pulp Fiction. Autre figure du cinéma Bis, l’américain Robert Forster incarne le prêteur sur gages amoureux de l’héroïne avec la décontraction d’un patriarche observateur. L’auteur de Reservoir Dogs s’amuse aussi à poser plusieurs points de vues sur une seule et même action (la collecte et la redistribution des billets de banque) et sa maestria éclate dans une ultime demie heure très maitrisée. Ajoutons aussi une BO du tonnerre (Johnny Cash, Les Delfonics, Bloodstone, Bobby Woomack): il faut réévaluer ce Tarantino un peu mal aimé, on vous dit!
ANNEE DE PRODUCTION 1998.



