A la mort de sa mère, la jeune Mary Yellard part en Cornouailles retrouver la seule famille qui lui reste : sa tante Patience et son mari Joss. Ce dernier est le tenancier de la taverne de la Jamaïque, un lieu à la réputation des plus sordides, repaire des brigands du coin. Le soir de son arrivée, Mary sauve la vie d’un des malfrats, Jem Trehearne, accusé d’avoir volé une part de leur dernier butin. Tous deux parviennent à s’échapper de la taverne et trouvent refuge chez l’excentrique juge Pengallan…
Alfred Hitchcock a adapté à trois reprises la romancière Daphné du Maurier au cours de sa carrière et la toute première fut à l’occasion de son dernier film de sa période anglaise. La Taverne de la Jamaique (aussi appelé L’Auberge de la Jamaïque) vient en effet juste avant l’exil du cinéaste aux Etats Unis. Film d’époque (début du XIXe siècle), à l’atmosphère lourde, il contient des éléments purement hitchcockiens comme le jeu du chat et de la souris, le héros qui se déguise pour découvrir la véritable identité du méchant, l’assistance d’une jolie jeune femme prise malgré elle dans une intrigue de dangereux contrebandiers. Sir Alfred joue avec le contraste des décors (la somptueuse demeure « rassurante » du juge face à la rusticité de l’auberge inquiétante où sont logés les bandits), accentue les ombres grâce à la photographie de Harry Stradling, ménage un suspense judicieux et ce malgré un script plutôt banalement écrit et des dialogues médiocres. Le déchainement des éléments, la mer qui s’emballe, la nature humaine pervertie: ces aspects ressortent vaillamment à l’image alors que la mise en scène d’Hitch apparait étonnamment léthargique, sans grandes séquences à sauver.
L’interprétation très théâtrale de Charles Laughton, qu’Hitchcock n’a pu canaliser comme il le souhaitait, souligne sans doute les intentions malveillantes de son personnage de juge à double visage et dessert l’effet de surprise voulu. Leslie Banks, ex terrifiant Comte Zaroff, écope encore d’un rôle sombre, visiblement à l’aise dans le registre des méchants. Enfin, pour des débuts remarqués devant la caméra , la très belle irlandaise Maureen O’Hara joue la jeune orpheline et témoin gênant, arrivée pile poil au mauvais endroit au mauvais moment. Loin d’être une pièce maitresse de son oeuvre, La Taverne de la Jamaïque permet toutefois à Hitchcock de faire un film en costumes et dans lequel l’héritage de l’expressionnisme allemand se fait positivement sentir. A voir donc malgré tout!
ANNEE DE PRODUCTION 1939.



