Marilla et Mike se rencontrent par hasard. Ils se marient sur un coup de foudre, ne connaissant rien l’un de l’autre. En rentrant chez eux, ils découvrent qu’ils appartiennent à des milieux sociaux et professionnels fort différents, l’un est chroniqueur sportif amateur de poker, l’autre est dessinatrice de mode, férue de mondanités. Les maladresses de l’un et la jalousie de l’autre vont bientôt prendre de sacrées proportions…
Autant le sujet des déboires conjugaux des couples mal assortis a souvent fait le tour de bien des scénarios à Hollywood et ailleurs, autant cette comédie conduite avec brio par Vincente Minnelli se distingue du lot de manière très nette. D’abord par sa constante drôlerie, son aptitude à asséner des dialogues piquants, à enchainer les séquences en maintenant un rythme soutenu et à présenter avec amusement un couple « victime » de leurs différences de milieux, de classe sociales, de centres d’intérêt. La femme, dessinatrice de mode new yorkaise fréquentant le gratin, se marie (trop vite) avec un journaliste sportif assez primaire (bien que fort séduisant) et adepte de combats de boxe. Minnelli joue de ses oppositions et livre un film plein de disputes, de quiproquos, de coups bas dans lequel la jalousie féminine prend des tours bien cocasses et dépasse le simple stade boulevardier. La Femme Modèle réussit l’exploit pas si fréquent d’être alerte, inventif (le procédé des voix off de chaque personnage commentant les actions passées ou à venir), raffiné et lorgnant clairement vers la « screwball comedy » d’antan, sans pour autant l’imiter médiocrement. A coups d’ellipses malignes, de gags potaches (le plat de raviolis ou le boxeur bas du front qui dort les yeux ouverts), de critique féroce sur les mariages précipités virant au désastre, le film est non seulement à classer parmi les meilleures comédies du genre, mais également un des derniers grands opus de l’auteur des Ensorcelés ou d’Un Américain à Paris.
Et quelle merveilleuse surprise de découvrir le potentiel comique du couple vedette: Lauren Bacall est hilarante en épouse un peu snob et jalouse, horrifiée par la violence des règles de la boxe, tandis que Gregory Peck lâche la bride et se révèle excellent en séducteur invétéré, acculé dans ses mensonges, devant ménager la chèvre et le choux pour sauver son union menacée. Jusque là, Minnelli ne nous avait pas du tout habitué à nous faire rire à ce point et on se régale de cet affrontement conjugal jouissif, réalisé avec tant de finesse et de légèreté. En prime, la bagarre finale a des allures de chorégraphie endiablée, rappelant combien Minnelli était un as de la comédie musicale aussi! Irrésistible!
ANNEE DE PRODUCTION 1957.



