L’enquête d’un détective tenace sur la mort mystérieuse d’un millionaire et de son épouse…
Artisan d’un cinéma Bis alors en pleine explosion, l’italien Sergio Martino a réalisé un nombre très conséquent de films, mais sa période dédiée au « giallo » demeure parmi celle qu’il faut impérativement retenir. La Queue du Scorpion ne serait qu’un banal thriller transalpin sans les influences qu’il recycle avec un brio certain. A commencer par une réalisation proche de celle d’Argento qui sortait la même année L’Oiseau au Plumage de Cristal, sa manière très graphique de filmer les meurtres, d’entretenir un suspense habile autour d’un pitch passablement tortueux où il est question d’une assurance vie contractée par un homme d’affaires mort dans un accident d’avion. Les morts s’accumulent dès lors autour de lui (sa femme, sa maitresse, plus ou moins tous ceux qui cherchent à résoudre l’affaire). Ensuite, Martino soigne ses images comme le faisait Mario Bava, avec des plans élaborés, des couleurs vives, une excentricité picturale notable. Le voyeurisme et la peur prennent une place prépondérante dans la narration et nous entraine dans une enquête qui livre progressivement ses indices jusqu’à une résolution finale un peu plus convenue. On ne peut s’empêcher de penser aussi à Psychose d’Hitchcock dans le déroulement de l’histoire et du tournant que prend le film au bout de 40 minutes. Martino dépeint une bourgeoisie cupide, sans scrupules et une attirance presque obsessionnelle pour l’argent, faisant de ce motif un mobile original puisque d’ordinaire le « giallo » met en scène des détraqués sexuels ou des tueurs sadiques. Bruno Nicolai, un des compositeurs les plus doués de l’époque, ajoute une dose d’angoisse avec sa partition inquiétante.
Le film est interprété par Anita Strinberg, une actrice suédoise au regard bleu acier et au physique de rêve, n’ayant pas à rougir de son jeu. Son partenaire, George Hilton, campe un détective aux allures ambigües. Si les décors naturels de la Grèce offrent de jolis instantanés baignés d’une chaude lumière d’été, La Queue du Scorpion se révèle assez sombre avec son fond retors, ses crimes sordides, ses personnages immoraux, et constitue un des meilleurs thrillers italiens des années 70. Du Bis de poids donc!
ANNEE DE PRODUCTION 1971.



