Il fait anormalement chaud sur les plages des Landes et Marouane, 17 ans, passe sa dernière journée au camping avec une angoisse : le corps qu’il a enseveli la veille sur la plage va-t-il apparaitre au grand jour ? Marouane se demande par ailleurs s’il n’est pas en train de tomber amoureux de la charmante Giulia.
A peine huit mois après son précédent opus, L’Inconnu de la Grande Arche, le réalisateur Stéphane Demoustier propose déjà son cinquième long métrage. La Chaleur creuse son terreau dans le thriller estival lancinant et prend pour personnage central un jeune adolescent cachant le corps d’un de ses camarades après l’avoir tué accidentellement et vivant ses vacances dans la pesanteur de son secret. Demoustier confirme, comme avec La Fille au Bracelet, sa capacité à entretenir un trouble continu avec une intrigue pourtant plutôt ténue et « simpliste ». Tout en conciliant le mystère et le suspense sur la partie « policière », il se penche également avec justesse sur les premiers émois sexuels de l’adolescence et examine l’intimité de ses protagonistes à la loupe. En dotant son personnage de peu de mots, d’attitudes fuyantes et d’émotions contenues, il trace un portrait réaliste d’une jeunesse qui adopte un comportement à priori « passif », semblant subir le monde environnant. La touche naturaliste convient bien au décor de plage en plein été, écrasé par une chaleur excessive qui finit par faire tourner les têtes. La narration avance à pas feutrés comme pour ne pas dégainer toutes ses révélations trop vite.
Bien au delà de ses multiples qualités citées plus haut, La Chaleur suscite néanmoins une légère réserve sur l’interprétation. Elle s’avère globalement inégale. Hormis le jeune Hadrien Hussein (dont ce sont les éclatants débuts) et qui trouve la note adéquate, les autres sont beaucoup tenus par des acteurs non professionnels et ils jouent assez faux. Cette volonté de naturalisme encore une fois rappelle le cinéma de Rohmer avec ses dialogues parfois anti « littéraires » que l’on a le droit de trouver rébarbatifs. Demoustier joue sur l’importance des sens, sur le poids du non dit et sur l’incapacité à avouer ses actes. Ce bon film, bien qu’inférieur à l’excellent Borgo, permet de classer son auteur parmi les jeunes cinéastes sur qui compter à l’avenir.
ANNEE DE PRODUCTION 2026.



