Après une enfance triste au pensionnat de Lowood, la jeune orpheline Jane Eyre est engagée à sa majorité comme gouvernante de la petite Adèle chez le riche Edward Rochester. Edward, homme ombrageux errant dans son immense demeure, ne tarde pas à être sensible aux charmes de Jane qui, elle, se sent attirée par ce personnage énigmatique.
A l’origine, un beau roman de l’anglaise Charlotte Bronté , adapté à de nombreuses reprises pour le cinéma sans atteindre le niveau de cette version de l’américain Robert Stevenson, auteur du magnifique Dr Jekyll et Mr Hyde. Il peut justement coller au style gothique et expressionniste du genre fantastique tout en restant un drame sentimental fort et un récit d’initiation. Jane Eyre est une héroïne romantique qui a vécu une vie peu réjouissante et qui s’ouvre à l’amour et aux sentiments auprès d’un homme aussi lugubre qu’attirant, renvoyant d’ailleurs au pitch de Rebecca d’Hitchcock. Avec en point d’orgue un manoir mystérieux, un environnement hostile et les fameuses landes brumeuses britanniques que Bronté décrit si bien dans son ouvrage. Stevenson ne trahit nullement le roman, même s’il l’a drastiquement édulcoré avec son scénariste Aldous Huxley, en faisant abstraction de la subtilité littéraire et en décrivant le choc des passions avec bruit et fureur et largement appuyée par la partition emphatique de Bernard Hermann. Le trouble ressenti par la jeune orpheline pour Rochester se développe d’abord dans un secret bien gardé, puis par des regards lourds de sous entendus et éclate enfin au grand jour, au milieu d’une intrigue dans laquelle le passé joue un rôle déterminant.
La présence dans le rôle titre de la douce Joan Fontaine renforce la parenté avec Rebecca et elle s’y entend à merveille pour jouer les amoureuses introverties et dociles, comme elle le fera plus tard dans le sublime Lettre d’une inconnue d’Ophuls. Face à elle, le mastodonte Orson Welles, incontournable depuis son sacre de Citizen Kane, monopolisant l’attention dès qu’il est à l’écran, rendant Rochester aussi complexe qu’ambigu. Il faut signaler la participation (non créditée au générique) de la toute jeune Elisabeth Taylor, du haut de ses 11 ans et qui en impose déjà. Bref, un casting tout à fait au point, embellissant un peu plus cette version fiévreuse et convaincante de Jane Eyre. Pour les incurables romantiques certes et pour les autres aussi!
ANNEE DE PRODUCTION 1944.



