Johnny Jones, journaliste américain au New York Globe, est envoyé en Europe en 1939 pour évaluer l’éventualité d’une Seconde Guerre mondiale. A Londres, il fait la rencontre de Van Meer, un vieil homme politique hollandais, seul à connaître la clause secrète d’un traité d’alliance. Après un attentat simulé, Van Meer est enlevé par des espions nazis, et Jones se lance à sa recherche en Hollande, aidé en cela par Carol, une jeune fille dont le père préside une société pacifiste…
Juste après Rebecca et le démarrage de sa formidable période américaine, Alfred Hitchcock retrouve un genre qu’il avait brillamment exploré en Angleterre: l’espionnage. Il concocte un script aussi malin qu’efficace autour d’un journaliste démentelant un réseau d’espions à Bruxelles où son patron l’a envoyé récolter des informations fiables sur la guerre en train de s’écrire. Là où Hitchcock est très fort c’est que sous couvert d’un divertissement d’action « basique » style Les 39 Marches, il réalise surtout une oeuvre de propagande pour éveiller les consciences américaines sur le conflit européen et sur l’extrême dangerosité du nazisme. Pile à une époque où l’Amérique vit encore dans une certaine insouciance des événements et ne s’implique pas dans la bataille. Correspondant 17 recèle en outre bon nombre de morceaux de bravoure anticipant quelque peu La Mort aux Trousses par son côté traque infernale et énigmes à répétition: la séquence de l’attentat au milieu d’une pluie battante avec un ballet de parapluies dissimulant le coupable, les moulins dont les ailes tournent à contre sens et surtout une impressionnante scène d’accident d’avion (très réaliste) marquent les esprits et ravissent nos mirettes. Hitch use de son humour anglais bien connu, instaure un suspense soutenu et ose donner le rôle du méchant à un père de famille « aimant » qui trahit les siens! Ainsi, par son rythme endiablé et sa mise en scène alerte, Correspondant 17 rentre tout à fait dans la liste des excellents films du maitre.
Le casting n’est pas en reste niveau qualité: Joel Mac Crea incarne le héros malgré lui, propre sur lui, charmeur et gaffeur aussi à ses heures, George Sanders ne se départit pas de son flegme habituel, Lorraine Day n’est pas le personnage féminin le plus inoubliable d’Hitchcock mais elle demeure suffisamment charmante malgré tout. Dans un contre emploi intéressant, Herbert Marshall, d’habitude si raffiné et respectable, joue la face sombre d’un père inattendu. Assez injustement oublié dans les anthologies consacrées à Sir Alfred, ce long métrage possède pourtant tous les aspects requis pour combler nos attentes. Alors, n’hésitons pas à le réévaluer séance tenante!
ANNEE DE PRODUCTION 1940.



