Elle a vendu 200 millions d’albums. Elle détient le record du plus grand nombre de numéros 1 consécutifs. Sa chanson I will Always You est le single le plus vendu par une chanteuse. Derrière les records et les chiffres, les scandales et les secrets, qui était la vraie Whitney Houston ?
Les documentaires sur la vie des artistes ou des noms célèbres demeurent fréquemment de véritables hagiographies élogieuses sur leur parcours glorieux et traitent assez peu du versant moins reluisant de leur sphère privée. Whitney n’a justement pas été pensé pour ne plaire qu’aux fans et à ceux qui voudraient n’avoir qu’une idée figée de qui était Whitney Houston, au delà de son statut de star internationale et de titre envié d’une des plus grandes voix du XXe siècle. Ainsi, Kevin Mac Donald a fouillé depuis son enfance à Newyark dans les quartiers noirs défavorisés jusqu’à sa fin prématurée dans une chambre d’hôtel de Beverly Hills à seulement 48 ans. Il interroge ainsi les différents protagonistes et proches de la chanteuse pour sonder une part de vérité et dessiner un portrait le plus juste possible de l’interprète de I Wanna dance with somebody. Dotée d’une voix exceptionnelle, portée par Cissy Houston, sa mère et ancienne choriste, Whitney a connu le succès à 19 ans à peine et n’a eu de cesse de bâtir une carrière riche en tubes et en performances scéniques inoubliables. La première heure du documentaire revient largement sur les très hauts sommets qu’elle a atteint, avant de consacrer l’autre partie à sa « chute », son mariage ultra médiatisé avec le rappeur noir Bobby Brown, ses addictions à la cocaïne, et hélas à sa déchéance progressive. Le film alterne les images d’archives, les témoignages (managers, frères, amies, amants), passant des strass au sordide, comme si Mac Donald mettait l’accent d’abord sur l’intime plutôt que sur le spectaculaire et nous immerge dans une véritable tragédie humaine. L’icône fend l’armure dans des vidéos amateur où l’on perçoit les fragilités d’une femme complexe, aussi radieuse que tourmentée, lumineuse un temps, éteinte à d’autres.
Whitney ne vend pas uniquement du rêve, contrairement au fade biopic réalisé en 2022 qui ne s’intéressait qu’à l’ascension idyllique du phénomène des années 80, en ne passant pas sous silence les aspects les plus sombres du « conte de fées ». On pourra éventuellement reprocher à Mac Donald de ne pas avoir assez évoqué la splendeur de cette artiste hors du commun, cependant son souhait apparait clairement: il évite justement la poudre aux yeux et déniche des révélations encore jamais évoquées du vivant de Whitney, nous la rendant terriblement humaine, faillible, blessée et pétrie de doutes sur elle même. Tout ce que l’argent et le star system ne peut guérir d’un coup de baguette magique. Whitney nous rappelle combien nos idoles, aussi grandes soient elles, sont des êtres de chair et de sang et qu’on a beau les croire immortelles, un jour aussi le glas sonne pour elles.
ANNEE DE PRODUCTION 2018.



