Bob Harris est un acteur américain en fin de carrière. Il arrive à Tokyo pour y tourner une publicité, non seulement pour gagner de l’argent mais également pour s’éloigner de sa femme avec qui il est marié depuis 25 ans. Sur place, il a du mal à s’accoutumer à la ville et passe tout son temps dans son hôtel de luxe. Il y croise un soir, Charlotte, une jeune américaine tout juste diplômée venue accompagner son mari photographe qui la laisse souvent seule pour son travail…
Quatre ans après un premier opus ayant secoué la planète cinéma, Virgin Suicides, la jeune réalisatrice Sofia Coppola refait parler d’elle avec cette comédie douce amère, empreinte d’une poésie discrète et d’une nostalgie insidieuse. Lost In Translation nous embarque au pays du Soleil Levant et sur les notes d’une BO planante, nous convie à suivre la rencontre improbable d’un acteur cinquantenaire, désabusé, un peu las de son existence et d’une jeune fille dans sa vingtaine, désorientée, délaissée par un mari absent. Le cadre de cet hôtel luxueux et impersonnel accentue la perte de repères de ces deux âmes esseulées, déconnectées de leur pays d’origine, « souffrant » d’une solitude non avouée et se trouvant pile poil au bon moment pour se distraire ensemble. Sofia Coppola ne les unit pas dans une love story banale que l’on aurait vu évidente chez d’autres, elle préfère les non dits, et les deux personnages sympathisent, deviennent copains et découvrent la ville pour « passer le temps » (pubs, restaurants, dancings). Ils prennent le pouls du Japon, étrangers à des coutumes qui ne sont pas les leur, juste heureux de flaner et d’errer à deux. Bien sûr, le scénario d’un minimalisme très japonais justement ne propose pas des séquences spectaculaires d’action: tout est effleuré, ressenti, caressé par la caméra de la future autrice de Marie Antoinette. Le charme opère, on se laisse guider par cette brève rencontre qui ne dit pas son nom jusqu’au bout, et si une histoire d’amour doit naitre entre eux, ce sera presque pour un autre film.
Lost in Translation tient aussi énormément sur son couple dépareillé (et donc d’autant plus intéressant) formé par un Bill Murray, plus taciturne que jamais, avec son visage impassible, son air de chien battu et Scarlett Johansonn, jolie comme un coeur, fragile et gracieuse en même temps. On croit à leur complicité et à leur lien immédiat et on aime les suivre dans leur périple nocturne. Certes, Sofia Coppola abuse un peu trop des instants de « flottement » et étirent certaines scènes à l’excès: peu importe ici puisqu’elle cherche à dénicher des choses enfouies qui ne sont pas palpables, des sensations et des sentiments indicibles que ce couple « étrange » partage sans avoir besoin de trop se parler. Le Japon, dépaysant au possible, sert d’écrin idéal pour cette rencontre inattendue. Lost In Translation s’apparente à un chemin de traverse que l’on prend plaisir à emprunter pour sortir d’une autoroute trop bien tracée.
ANNEE DE PRODUCTION 2003.



