Digger Rockwell est l’homme le plus puissant du monde et doit se lancer dans une mission effrénée pour sauver l’humanité d’une catastrophe qu’il a lui même déclenchée. Sous peine de voir la planète disparaitre….
A coup sûr, ce nouvel opus du cinéaste mexicain Alejandro Gonzalez Inarritu ne va pas manquer de diviser, partager, nourrir certaines critiques acerbes et ne pas plaire à la majorité. Car Digger ne se présente jamais sous un jour « aimable », ne cherchant pas à caresser le public dans le sens du poil, au contraire! Volontiers outrancier, complexe, riche, le script déroute autant qu’il interpelle et le réalisateur de Babel et The Revenant fonce tête baissée dans la satire la plus acide qui soit. Il regarde notre époque comme un grand théâtre désastreux en maniant l’humour et la comédie noire avec acuité, de manière à ne pas déclencher de rires francs, mais bien plutôt de nous mettre en face de réalités gênantes. Car le plus effrayant c’est que le monde décrit ici est celui qui est le nôtre aujourd’hui, en pleine déconfiture généralisée et il y évoque aussi bien les abimes écologiques que biologiques, le climat qui part totalement en vrille, les politiques de nos dirigeants qui enfoncent le clou des problèmes plutôt que de les résoudre. Digger singe évidemment des types ultra puissants comme Trump ou Poutine, toujours sur un mode semi ironique qui n’empêche pas la « dénonciation » en règle. Enfin, comme dans Birdman, la place du « spectacle » et plus précisément du théâtre prend une importance capitale, comme pour nous désigner nous comme les spectateurs « passifs », attentistes du délitement global de nos sociétés. Avec une intelligence aiguisée, Inarritu met sa mise en scène au service de son propos et l’ampleur de ses cadrages, de ses plans, son incroyable capacité à créer des décors hallucinants nous immergent en profondeur dans les éléments paroxystiques. L’influence indirecte de Dr Folamour de Kubrick se ressent nettement dans la vision à la fois folle et furieusement lucide qu’Inarritu délivre du début à la fin.
Bien qu’il ne faille pas réduire le film à la seule force de son casting, Bigger voit enfin l’occasion pour Tom Cruise de montrer des facettes peu explorées de son jeu d’acteur. Sa prestation hors normes allant au delà de ses simples transformations physiques. Cela console un peu de tous ces dizaines de rôles enchainés dans des films d’action certes efficaces, notamment dans la franchise Mission Impossible, on peut enfin un peu mieux juger de ses capacités! Peut être sera t’il récompensé aux prochains Oscars? Le reste du cast comprend également les présences énormes de John Goodman en président agonisant et éructant, Riz Ahmed, Sandra Huller, Jesse Plemons excellent à chaque fois! Avec son final brillantissime, Digger continue avec un cynisme audacieux de peindre un tableau de notre époque troublant de réalisme. Le cinéma d’Inarritu, très pensé, accouche ainsi d’une oeuvre clivante, qui hélas ne sera pas comprise par une large part du public peu habitué à « réfléchir ». Le film est d’ailleurs déjà un flop aux Etats Unis. Raison supplémentaire pour le défendre bec et ongles!
ANNEE DE PRODUCTION 2026.



