Joe Drayton, fille d’un couple de bourgeois, décide de présenter son fiancé, un jeune médecin, à ses parents lors d’un diner. Cependant, le fameux soir, quelle n’est pas leur surprise en constatant que le futur mari de Joey est noir. Ce que la jeune fille avait omis de leur signaler…Les Drayton ne sont pas racistes mais…
Avec Devine qui vient diner, Stanley Kramer, réalisateur américain installé et respecté, aborde pour la seconde fois de sa carrière le thème alors encore sensible du racisme. Précédemment ce fut pour La Chaine. Dans une Amérique ébranlée par les émeutes raciales, galvanisée par les discours progressistes de Martin Luther King, et hélas secouée dans certains états rétrogrades par des mouvements liés au Ku Klux Klan, traiter dans un gros film de studio d’une romance entre une jeune Blanche de bonne famille et d’un Noir (même socialement hautement gradé) ne coulait pas de source. Kramer a tout à la fois l’audace de « poser » la question de la tolérance et de l’intolérance, de la discrimination raciale et la « maladresse » de le faire avec parfois un peu trop de lourdeur démonstrative. On sent bien qu’il prend des gants avec son sujet dans ce script somme toute relativement banal (une jeune fille annonce son mariage futur à ses parents et leur présente son fiancé qui se trouve être un « homme de couleur » comme on disait pudiquement à l’époque). Dans une mise en scène assez étriquée, peu aidée par les contraintes du décor quasi unique de la maison familiale, Devine qui vient diner tend à adopter tous les points de vue possibles, en tout cas chaque personnage a la latitude de révéler son ressenti (le couple amoureux, les parents respectifs, la gouvernante, et un pasteur ami de la famille). Le film parle également -et heureusement- beaucoup d’amour, des sentiments plus forts que les préjugés et sans réelle surprise, le happy end de rigueur boucle le programme, après près d’1H45 de longs dialogues quelque peu « explicatifs ».
Au générique, deux immenses vedettes habituées à tourner ensemble depuis plus de trente ans, le couple Katharine Hepburn/Spencer Tracy, réellement amoureux à la ville, composent des parents à la fois compréhensifs, bien que désappointés et mis un peu au pied du mur, chamboulés dans leurs certitudes. D’ailleurs, le fait le plus notable reste la réaction de Tracy (du moins de son personnage) se rendant compte qu’il nourrit finalement lui aussi des idées reçues tout en étant ultra libéral et donc « normalement » profondément anti raciste! Quant à Sidney Poitier, quasiment un des seuls acteurs noirs à avoir la chance de décrocher des premiers rôles à Hollywood, il trouve là un de ses plus fameux caractères à défendre. On ne peut que saluer l’évolution des mentalités (encouragée par le film), tout en jugeant soixante ans plus tard que le tout a pris pas mal de rides.
ANNEE DE PRODUCTION 1967.



