Raúl est un cinéaste culte en pleine crise créative. Lorsqu’un drame frappe l’une de ses plus proches collaboratrices, il s’en inspire pour écrire son prochain film. Peu à peu, il imagine Elsa, une réalisatrice en pleine écriture, dont le parcours commence à refléter le sien. Les deux cinéastes deviennent les deux facettes d’un même personnage, dans un jeu de miroirs où l’impudeur de l’autofiction dévoile autant qu’elle détruit. Mais jusqu’où peut-on aller pour raconter une histoire ?
Pedro Almodovar fait partie de nos vies depuis maintenant plus de quarante ans et le public attend toujours ses films avec une impatience accrue, sachant qu’en plus dans son parcours, il y finalement eu peu de gros ratés (si l’on excepte Les Amants Passagers ou dans une moindre mesure Kika). Est ce pour cette raison que son dernier opus en date nous laisse ainsi sur notre faim et provoque une déception légitime ? Sur le thème rebattu de l’auteur réalisateur en panne d’inspiration, Autofiction (titre éloquent et franc du collier) déroule péniblement un scénario autour de sujets comme le deuil, la création artistique, les relations amoureuses et amicales. Le film interroge, comme d’ailleurs le dernier Asghar Farhadi, Histoires Parallèles, la frontière ténue entre réalité et fiction, sur l’imagination de l’auteur grignotant des pans entiers de la vie de ses proches au nom de l’Art. Par moments confus en multipliant les personnages et en élaborant de « faux enjeux », le récit patine sérieusement dans toute la deuxième moitié et laisse une impression de répétition lassante. Almodovar a déjà auparavant exploré les affres de son métier, avec nettement plus de pertinence comme dans La Fleur de mon secret ou Douleur et Gloire. Bien sûr, sa mise en scène reste au dessus du lot de la production espagnole (encore que Sorogoyen peut largement prétendre l’égaler), mais cette fois Pedro semble à la traine.
Son casting, par contre, occasionne de jolis numéros de comédiennes, surtout Barbara Lennie dont l’intensité du regard est assez captivante et nous fait presque regretter que toute l’intrigue ne tourne pas uniquement autour d’ elle. Quant à la musique d’Alberto Iglesias, déjà sublime dans toutes les ultimes oeuvres d’Almodovar, elle demeure toujours agréable à écouter, bien qu’assez envahissante aussi parfois. Le cinéaste de Volver passe peut être, comme son héros, une période de crise créative (et s’en sert du coup) jusqu’à nous amener à un final en forme de pirouette inaboutie (pour ne pas dire une queue de poisson) indigne de lui. Le cinéma se mêle à la vie et inversement, ça c’est entendu! Mais cette déception suggère surtout que comme nous tous, Almodovar vieillit et qu’il faut l’admettre.
ANNEE DE PRODUCTION 2026.



