Un policier de la commission contre les crimes de guerre prend en filature Konrad Meinike, qui vient de sortir de prison. Ce dernier se rend dans la petite ville où vit maintenant, sous une fausse identité, le criminel de guerre nazi Franz Kindler, se faisant passer pour un honnête professeur d’Histoire…
Accusé par les studios américains de profiter d’une trop grande liberté artistique à tous points de vue, Orson Welles dut subir des coupes franches dans le montage de son second film La Splendeur des Amberson, après avoir tout régenté sur Citizen Kane. Pour son troisième opus, il prend le pari de signer un film noir psychologique sous l’impulsion du producteur indépendant Sam Spiegel. Il met en scène un personnage trouble présenté comme le concepteur de l’idée de génocide juif pendant la Seconde guerre mondiale, venu se réfugier dans une petite ville du Connecticut pour échapper à la justice. Le récit se déroule tranquillement dans une atmosphère sombre et parait aux premiers abords d’une relative banalité. Sauf que nous sommes quelques mois seulement après la fin du conflit et la défaite des nazis a mis à jour l’horreur absolue avec la découverte des camps de la mort. Le Criminel est certainement le premier film à oser montrer de vraies images d’archives de la libération des camps d’extermination, tout en traitant son intrigue de film policier avec suspense et rythme à l’appui. On passera sur quelques invraisemblances, mais Welles décrit bien le processus mental des proches de l’imposteur (surtout son épouse) refusant de voir la vérité en face, entouré par le Mal et baignant dans les faux semblants. Welles utilise l’espace comme un élément fondamental et cette petite ville presque anodine parait étouffante entre ses ruelles étroites et son clocher inquiétant au sommet duquel le film trouve sa conclusion éclatante. Une fin que n’aurait pas désavoué Hitchcock.
Au casting, Orson Welles incarne donc cet être perfide au double visage, un méchant certes manichéen (car on n’en verra que les zones maléfiques) et s’il a tendance à déjà cabotiner un peu, il n’en est pas moins convaincant dans l’exercice. A ses côtés, Edward G. Robinson en enquêteur pugnace trimballe son allure désinvolte rappelant son emploi d’Assurance sur la Mort deux ans plus tôt. Enfin, Loretta Young joue la femme fraichement mariée et très amoureuse du criminel, horrifiée par ses actes d’autrefois et risquant à tout moment sa vie. Le Criminel a tout d’une luxueuse série B, rehaussée par les idées de mise en scène de Welles qui voulait prouver avec cette oeuvre de commande qu’il pouvait « faire un film comme n’importe quel autre réalisateur »… sauf qu’il n’était décidément comme personne!
ANNEE DE PRODUCTION 1946.



