Chicago, au temps de la prohibition. Un petit malfrat, l’ambitieux Tony Camonte, tue son patron et devient le garde du corps de Lovo, chef du gang rival. Amoureux de Poppy, la petite amie de Lovo, il veille jalousement sur sa soeur Cesca, lui interdisant toute liaison sentimentale. Avec son complice Guido Rinaldo, Tony prend peu à peu le pouvoir au sein du gang de Lovo.
Oeuvre matricielle du cinéma américain, Scarface marque le début éclatant du genre policier avec l’arrivée du parlant. Inspiré par la vie et les méfaits du plus célèbre gangster de l’époque, Al Capone, le scénario signé Ben Hecht, se penche sur la personnalité d’un homme entrainé dans le milieu du crime organisé, de la guerre des gangs et devenant l’ennemi public numéro 1, poursuivi par une police corrompue, en pleine période de prohibition. Le futur roi de la comédie, Howard Hawks, fait ici ses gammes dans un style expressionniste assumé, montre la violence frontale, suggère des liens incestueux entre le héros et sa jeune soeur qu’il ne supporte pas de voir dans les bras d’un homme, le tout dans une climat d’amoralité effarant pour l’époque. D’ailleurs, le code Hays édité peu de temps après tenta de censurer des passages entiers du film, peu conformes à la bonne morale établie. Scarface dresse une radiographie impitoyable de la pègre et de son pouvoir de fascination, utilisant le personnage de Tony Camonte comme le catalyseur suprême de l’arrivisme, du cynisme et de la frustration. De bout en bout, la descente en enfer se prépare inéluctablement pour lui, débutant par de menus larcins à des actes de plus en plus criminels, absolument résolu à ne pas se laisser intimider par qui que ce soit. Fruit d’une Amérique des dépravés, il ne peut que s’affranchir et se réaliser dans la destruction des autres et finalement de lui même.
Gueule cassée, à la balafre mythique, l’acteur Paul Muni s’empare du rôle avec une totale conviction, quelque part entre James Cagney (que l’on verra dans L’Ennemi Public N°1 dans un registre similaire) et Bogart à ses débuts dans les films noirs qui lui ouvriront les portes de la gloire. Muni impose une présence furieuse, presque monstrueuse, impossible à oublier! La jolie Ann Dvorak incarne sa soeur avec son physique proche d’une Joan Crawford « light ». Entre les exécutions sommaires, l’atmosphère poisseuse de la ville, les comportements radicaux de ces truands sans foi ni loi, Scarface n’a pas volé son statut de film culte, inspirant une cohorte de metteurs en scène tels que Penn, Peckinpah ou bien sûr De Palma qui en fera même un sanglant remake plutôt réussi, mais sans atteindre les cimes de l’original.
ANNEE DE PRODUCTION 1932.



