En 1431 débute le procès de Jeanne dans le château de Rouen, devant un tribunal ecclésiastique au service de l’occupant anglais. Enchaînée, avec une simplicité désarmante, elle explique ses gestes devant une foule qui a décidé de la condamner avant même le début de son jugement.
Il y a des films essentiels constitutifs du 7e Art que l’on se doit de voir au moins une fois dans sa vie. La Passion de Jeanne D’Arc est l’un de ses maillons incontestables. Traduit en images par le danois Carl Theodor Dreyer, l’histoire de la Pucelle d’Orléans prend l’apparence d’un poème liturgique silencieux, tourné dans les derniers temps du cinéma muet, et voué à devenir une oeuvre exemplaire. Dreyer, cinéaste exigeant et austère, traite son sujet avec une abstraction soutenue, un désir de sonder les visages, de percer l’âme humaine. Ainsi, le résultat plastique frappant découle de gros plans fixes de Jeanne et de ses juges, parfois jusqu’à toucher le grain de leurs peaux, d’entrer dans leurs pupilles et de lire leurs pensées. Filmant le calvaire de Jeanne, Dreyer réalise un film terrible sur la souffrance, l’acharnement moral, condensant l’action du procès sur une seule journée, où le destin de l’héroïne se joue littéralement, de son abjuration à sa repentance, de ses aveux forcés à sa fin martyre sur le bûcher. Le travail radical sur l’espace (avec pourtant un décor réduit au minimum), des cadrages millimétrés, un sens des mouvements de caméra, le réalisateur d’Ordet montre avant tout la toute jeune fille accusée et plus du tout la guerrière combattante qui voulait éliminer les Anglais de la Terre de France. Avec juste quelques intertitres pour des dialogues précis, le film s’écoute et se regarde avec une attention religieuse, presque comme une prière où le silence demeure un élément crucial.
Sans maquillage, scrutée au plus près, Renée Falconetti, actrice de la Comédie Française, habite le personnage de Jeanne D’Arc avec une douleur et une puissance incomparables. Malmenée par Dreyer qui lui fait subir de vrais crachats au visage, un enchainement des membres, et des prises par dizaines, elle sert le rôle de manière bouleversante. Les autres comédiens, d’Antonin Artaud en Jean Massieu à Eugène Sylvain en évêque Cauchon, en passant par une petite participation de Michel Simon, marquent aussi de leur empreinte. Loin de l’hagiographie sulpicienne que seront les futures autres Jeanne au cinéma chez Fleming, Preminger ou Besson, La Passion décrit un calvaire vécu au plus près (identique à celui du Christ), le destin d’une figure iconique de notre Histoire, a traversé le siècle et s’apprête à entrer dans le suivant, nous laissant ébahis d’admiration.
ANNEE DE PRODUCTION 1928.



