Paul est un notable qui investit beaucoup de son temps dans les relations publiques. Sa femme, Lucienne, a un amant, Pierre. Paul est au courant de cette relation extraconjugale. Pierre est marié à Clotilde, gravement malade. Il empoisonnera sa femme. Paul révèle un jour à Pierre et à Lucienne qu’il sait tout de leur relation amoureuse..
Quatre ans après l’excellent La Femme Infidèle, Claude Chabrol reprend le thème de l’adultère qui vire au meurtre avec ces Noces Rouges, directement inspiré d’un fait divers réel, celui des amants de Bourganeuf. Il peut à loisir dresser une satire de la bourgeoisie de province, hypocrite, engoncée dans ses faux semblants et friande des ragots sur les histoires de fesses des uns et des autres. Sauf qu’ici le couple adultère fait tout pour se cacher, rester discret, et ne pas ébruiter la liaison torride qui les unit…jusqu’au grain de sable qui vient tout faire dérailler. Chabrol traite en filigrane de politique puisque le mari cocu est un député gaulliste véreux, incapable de satisfaire sa femme et qui ne veut surtout pas que son infidélité n’éclabousse ses ambitions. Les Noces Rouges utilise par moments des traits de comédie acide, avant de dériver vers du policier plus sombre. On peut reprocher à l’auteur de Violette Nozière d’avoir « chargé la mule » sur l’enchainement des rebondissements d’un scénario par moments un peu tiré par les cheveux, il n’empêche que la mise en scène n’accuse aucune véritable faiblesse et entretient une tension sourde tout du long. Prisonniers d’une passion charnelle impossible à assumer au grand jour, les amants meurtriers préfèrent éradiquer les éléments gênants plutôt que d’envisager le scandale et de ce point de vue, Chabrol se régale à décrire leur double jeu et leur monde de façade se fissurer inexorablement.
Michel Piccoli et Stéphane Audran (déjà héroine de La Femme Infidèle) forment un duo diabolique, tout en suscitant une certaine sympathie, grâce à Chabrol qui s’amuse à les embarquer dans une voie sans issue. Claude Piéplu incarne le mari trompé et soucieux de mener ses affaires à bien, presque indifférent des galipettes de sa trop jolie femme (pour lui!). En définitive, les personnages de ce film apparaissent comme des pantins plutôt minables, satisfaits de leur médiocrité, qu’ils soient victimes ou bourreaux, Chabrol ne semble pas les porter spécialement dans son coeur. Ironiques et froides, ces Noces Rouges se situent relativement haut dans la filmographie du réalisateur, même si on peut tout à fait leur préférer, à quelques années d’intervalle, Le Boucher ou Que la Bête Meure.
ANNEE DE PRODUCTION 1973.



