En Louisiane, depuis presque quarante ans, Charlotte Hollis vit recluse dans une grande bâtisse dont elle a hérité de son père, théâtre omniprésent dans son esprit malade de l’assassinat sauvage de son fiancé, décapité à la hâche. Soupçonnée par la majorité d’être la coupable, Charlotte s’oppose violemment à son expulsion prochaine car la propriété doit être détruite pour des travaux d’autoroute. Sa cousine Miriam vient à son secours pour plaider ses droits! Mais cette dernière se comporte bientôt de façon très étrange…
Surfant à raison sur l’incroyable succès remporté par Qu’est il arrivé à Baby Jane, deux ans plus tôt, le réalisateur Robert Aldrich veut peréniser le genre « épouvante au féminin » et imagine réunir de nouveau le tandem maudit Bette Davis/Joan Crawford. Il adapte un roman noir de Henry Farrell et brode autour de cette histoire d’une femme apparemment dérangée une intrigue supplémentaire de famille dysfonctionnelle, vivant avec le souvenir traumatique d’un meurtre jamais élucidé. Ce récit outrancier, sadique et aux excès à peine dissimulés s’articule autour d’une mise en scène appuyée d’Aldrich, bien décidé à en faire des tonnes pour créer l’effroi. Sous la forme d’un drame psychologique étouffant (accentué par le quasi huis clos d’une demeure angoissante), Chut Chut Chère Charlotte! s’étire sur plus de deux heures, avec des longueurs assez inutiles, un montage par moments maladroit et ne réussit qu’à moitié à nous captiver vraiment. Par manque de subtilité sûrement, le film se laisse bien sûr suivre avec un intérêt certain, mais il n’arrive jamais à renouer avec le climat malsain de Baby Jane. Aldrich met le paquet aussi dans sa direction d’actrices et sa distribution ne se ménage pas pour livrer des numéros à la limite de la caricature.
Exit Joan Crawford finalement remplacée par Olivia De Havilland, plus « lady respectable » et donc insoupçonnable, face à Bette Davis, éructante, vociférante, totalement en roue libre pour un rôle de femme mûre passablement perturbée dont elle avait le secret. A leurs côtés, deux autres actrices phares de l’Hollywood d’antan, Mary Astor et Agnès Moorehead (une des muses d’Orson Welles), connues aussi pour leur jeu très souligné. En comparaison, Joseph Cotten semble presque éteint, tant sa sobriété tranche avec le cabotinage de ses partenaires. Du coup, le show est assuré par ce casting dément et permet à cette oeuvre moyenne de remplir à peu près son contrat.
ANNEE DE PRODUCTION 1964.



