Gabrielle, une jeune femme qui veut réussir dans la vie et dont le rayonnement séduit ceux qui l’entourent, s’éprend d’un écrivain Saint Denis, prestigieux et charismatique, et épouse Paul Gaudens, un jeune milliardaire déséquilibré.
La dernière ligne droite de la carrière de Claude Chabrol a connu quelques ratés (Bellamy, La demoiselle d’honneur), deux opus de très belle tenue (Merci pour le chocolat et La Fleur du Mal) et cette Fille coupée en deux se situe sur un créneau disons moyen. Pour ne pas dérouter son fidèle public, le réalisateur reste blotti dans la description acerbe d’une bourgeoisie de province (cette fois lyonnaise) à la fausse morale douteuse, avec ses personnages antipathiques et son drame qui couve lentement mais sûrement avant d’éclater. La fille du titre, jolie jeune blonde pas idiote et ambitieuse, va être prise entre deux hommes finalement aussi néfastes et toxiques l’un que l’autre (l’écrivain cynique et roué qui pourrait être son père et le dandy un peu timbré aux accès de violence inquiétants). Chabrol ose les ruptures de ton incessantes, passant de la comédie presque sans conséquences au mélodrame amoureux, puis glissant subrepticement vers une intrigue policière. Tout du long, on sent bien que quelque chose va craquer, que toute cette apparente histoire de rivalité entre hommes ne peut que « mal finir » et que c’est justement l’objet de leur désir commun qui va tout porter à son paroxysme. Si la mise en scène n’est pas aussi décapante qu’attendue, le script et encore plus les dialogues ont bénéficié d’un travail pointu et donner vie à ce vaudeville cruel toutefois un peu décevant.
Il y manque sûrement une dose de mystère, le suspense chabrolien ayant dans le passé connut des jours meilleurs. Le trio d’acteurs, remarquablement dirigés, procure un plaisir bien réel: François Berléand, magistral en cinquantenaire à la fois pervers et faible, Benoit Magimel (retrouvant Chabrol pour la troisième fois) joue à merveille le richissime dégénéré avec une décontraction réjouissante et enfin Ludivine Sagnier se régale à composer ce personnage de fausse ingénue, fatale sans l’avoir prémédité, et qui accroche la caméra avec gourmandise. Le triangle amoureux semble n’intéresser Chabrol que de manière lointaine, il préfère pointer du doigt les faux semblants d’un microcosme malsain, rongé par la jalousie et le désir pathologique de possession. Comme son héroïne idéaliste, ce film nous laisse partagé entre deux sentiments: la satisfaction d’avoir passé un moment plaisant et la déconvenue de ne pas en ressortir totalement grisé.
ANNEE DE PRODUCTION 2007.



