Fiona et Nigel Dobson font un voyage qui les mène de Turquie en Inde. Lorsque le couple britannique fait la connaissance d’une jeune française et d’Oscar, son mari américain, le périple prend une tournure inattendue. Oscar entreprend le récit de son obsession pour Mimi, une femme rencontrée un jour par hasard dans un bus parisien…
S’attaquant à un ouvrage de Pascal Bruckner, Roman Polanski n’en garde que la trame centrale (l’histoire d’un couple atypique et leur relation sadomasochiste déviante) et adapte de manière finalement assez lisse ce sulfureux roman sur la passion physique, l’amour sexuel « sans issue » comme le chantait Gainsbourg. Il semblerait que l’auteur de Tess a souhaité suivre la mode des « thrillers » à l’érotisme frontal qui ne cessait d’envahir les écrans au début de la décennie 90. Et cède à son tour à ses intentions franchement racoleuses. Il nous rend « témoins » du récit des rapports sexuels intenses entre cet écrivain mal considéré et cette serveuse aguichante à la sensualité débordante. En dehors de nombreuses séquences hot, le film a pourtant d’autres choses à nous dire: notamment sur le couple et sur l’inéluctable naufrage advenant après des mois de liaison torride! Certes, c’est un lieu commun mille fois vu ailleurs, mais Polanski traite cela sur un mode dérangeant: à savoir les rapports de domination/soumission naissants entre les deux amants une fois que l’un s’est lassé de l’autre, et vice versa! Lunes de Fiel verse un peu dans le roman photo, photographié presque comme un téléfilm bon marché dans la première partie située à Paris, puis Polanski rectifie le tir pour les scènes sur le bateau de croisière, plus perverses et plus complexes finalement. Autodestruction, sadisme, cruauté mentale, tout cet éventail traité en seconde partie n’étonne guère de la part de Polanski, après ses Couteau dans l’eau, Chinatown, Cul de sac, uniquement des oeuvres où les rapports humains aboutissent à des impasses, voire des fins tragiques.
Si Peter Coyotte et Hugh Grant tiennent fièrement les deux rôles masculins principaux (l’un contant son récit avec une précision de métronome, l’autre l’écoutant mi médusé mi bouillonnant de désir), le film se concentre finalement énormément sur Emmanuelle Seigner, star en devenir après avoir été dirigée par son mari de réalisateur dans le polar Frantic. D’une indiscutable sensualité et à la plastique généreuse, la jeune actrice passe par divers registres (séduction, provocation, détresse, désespoir, vengeresse) avec un jeu parfois assez exaspérant et manquant hélas de finesse. Kristin Scott Thomas se distingue en épouse délaissée. Polanski a sûrement cherché à émoustiller le bourgeois avec des visions d’une sexualité « hors normes », disons qu’il y parvient à moitié au final!
ANNEE DE PRODUCTION 1992.



